2 em Édition mai 2002
Table des matières
1 Portrait des bibliothèques scolaires
1.1 La situation des bibliothèques scolaires s'améliore
1.2 La situation des bibliothèques scolaires se détériore
2 Internet à la rescousse des bibliothèques scolaires
2.1 Rôle et mission de la bibliothèque scolaire
2.2 La mutualisation des ressources locales et nationales
2.3 Le bibliothécaire-internaute
3 Former les élèves aux habiletés d'information
3.1 Faire apprendre les méthodes de recherche
3.2 Un apprentissage adapté au développement cognitif de
l'élève
3.3 Les six étapes de la procédure de recherche documentaire
4 De la nécessité du traitement documentaire
4.1 Le silence du Web
4.2 La bibliothèque scolaire à la rescousse d'Internet
5 Les deux se complètent
Annexe 1 La recherche d'information
Annexe 2 Le truc de la tornade inversée
Bibliographie
1. Portrait des
bibliothèques scolaires
À l'occasion du lancement de la
politique nationale de
la lecture et du livre, en mars 1998, la ministre de la Culture et
des Communications rendait publics les résultats d'une enquête menée
auprès des écoles québécoises. Le sondage avait pour objet de tracer le
portrait des bibliothèques scolaires et de déterminer le niveau des
ressources mises en oeuvre pour assurer l'accès au livre et à la
lecture chez les jeunes.
Que nous révèle l'enquête? Que sous certains aspects, la
situation de la bibliothèque scolaire s'améliore et que sous d'autres
rapports elle se détériore depuis 1988, année du précédent sondage.
Elle nous apprend également que les réseaux de communication et
l'Internet
pourraient bien offrir une solution aux maux qui accablent la
bibliothèque scolaire et une source d'enrichissement important de
son fonds documentaire.
1.1 La situation
des bibliothèques scolaires s'améliore
Selon les données recueillies en 1997, la quasi-totalité
(92 p. cent) des écoles possédaient une bibliothèque . Ce taux était de
90 p. cent en 1988, donc pas de glissement de ce côté. Plus du quart
des écoles avaient conclu une entente de services avec la bibliothèque
de leur municipalité. Ce taux était de 19 p. cent en 1988. Ces ententes
portaient sur le prêt de documents, l'organisation de visites
périodiques à la bibliothèque municipale et l'animation. En termes de
ressources humaines, 90 p. cent des écoles ont un responsable pour leur
bibliothèque (96 p. cent au secondaire et 89 p. cent au primaire). Ce
taux a doublé depuis 1988. (
MCC, 1998)
Pour près de 30 p. cent des écoles, le responsable est une
bibliothécaire ou une technicienne en documentation. Par contre, dans
30 p. cent des écoles, le responsable identifié est un parent bénévole.
En fait, presque la moitié des heures consacrées au service de la
bibliothèque scolaire est fournie gratuitement par des bénévoles. Cette
proportion atteint même 76 p. cent au niveau préscolaire et primaire.
1.2 La situation
des bibliothèques scolaires se détériore
Qu'en est-il du fonds documentaire et du financement? En
1997, les bibliothèques dépensaient chaque année 5,20 $ par élève en
moyenne pour acquérir des livres ou des périodiques, ce qui
constituaient un recul de presque 28 p. cent de leur pouvoir d'achat en
chiffres absolus et de beaucoup plus si l'on considère l'inflation
depuis 1988 (7,22$ par année en moyenne). Comment s'étonner alors que
l'on ne compte que
13 livres par élève en moyenne dans
l'ensemble des bibliothèques scolaires! On en dénombrait 14,6 en
1988. Deux bibliothèques secondaires sur cinq n'ont pas effectué
d'élagage de leur collection (retrait de volumes endommagés, désuets ou
périmés) depuis plus de deux ans et le tiers depuis plus de quatre ans.
Dans ces conditions, il est agréable d'apprendre que dans sa politique
sur la lecture et le livre, la ministre Beaudoin envisage l'acquisition
de centaines de milliers de livres chaque année pendant cinq ans
spécifiquement pour les bibliothèques scolaires.
Par contre, une bibliothèque sur trois au niveau primaire
et deux bibliothèques sur trois au niveau secondaire possèdent des
documents audiovisuels et des documents informatiques (logiciels). Une
enquête réalisée par la Direction des ressources didactiques en
novembre 1997 indique que l'
on trouve des ordinateurs dans 67 p.
cent des bibliothèques au secondaire et dans 36 p. cent au primaire.
La moitié des bibliothèques scolaires au secondaire et le quart au
primaire sont reliées à Internet et ces taux sont en croissance
rapide. Internet viendrait-il à la rescousse de la bibliothèque
scolaire pour enrichir son fonds documentaire?
2 Internet à la
rescousse des bibliothèques scolaires
Certains prétendent que le réseau Internet est la
bibliothèque mondiale de l'ère
numérique .
Internet est plutôt un centre de documentation
"chaotique" où l'entropie est reine. Cette mine d'informations
contient non seulement des livres et des articles de périodiques, mais
aussi des données scientifiques, des menus de restaurants, des comptes
rendus de colloques, des messages publicitaires, des enregistrements
audio et vidéo...
l'anecdotique et l'éphémère côtoient le sublime
et l'essentiel.
Pourtant, Internet offre de gigantesques gisements de
données, des veines de minerais bruts qu'il faut apprendre à affiner
pour en extraire ces métaux précieux que sont les connaissances. Il
est sage de ne pas confondre informations et connaissances; pour que
les informations se transforment en connaissances, elles doivent
transiter par un processus d'organisation, d'intégration et de mise en
perspective culturelle. L'école et sa bibliothèque joue en cela un rôle
capital. Il est bon également de ne pas confondre cueillette
d'information dans le Net et recherche documentaire. La cueillette
d'information vise à rassembler des données inédites, souvent éparses,
en utilisant les outils d'investigation et de communication qu'offre
Internet. La recherche documentaire vise à identifier et à exploiter
des ressources informationnelles déjà traitées et éditées.
2.1 Rôle et
mission de la bibliothèque scolaire
En tant que lieu privilégié de contact avec l'information
véhiculée par l'imprimé et par l'électronique, la bibliothèque
scolaire est au coeur du projet éducatif de l'école et, pour bien
des jeunes, l'endroit où approfondir les premiers apprentissages
formels acquis à l'école.
Voici comment nous pourrions décrire son rôle et sa
mission.
La bibliothèque scolaire est un lieu physique où l'on
retrouve, d'une part, des
documents sur différents supports :
imprimés, sonores, vidéographiques, analogiques ou numériques
(didacticiels, logiciels, cédéroms et banques de données dans
Internet), et d'autre part, des
services bibliothéconomiques
(gestion du fonds documentaire, politique d'acquisition-élagage,
catalogage, indexation, classement, signalisation, informatisation,
etc.). On y retrouve également des services d'animation culturelle et
pédagogique (
formation aux habiletés d'information).
La bibliothèque scolaire est aussi un lieu virtuel
où l'on peut accéder à une quantité quasi illimitée de documents et de
ressources distantes par la magie des réseaux télématiques et de
l'Internet. La bibliothèque devient ainsi un centre documentaire
multimédia (CDM). Il ne suffit plus de compter les volumes pour
connaître la richesse d'une bibliothèque-centre documentaire
multimédia, il faut maintenant aussi compter les postes équipés d'un
lecteur de cédéroms et les ordinateurs reliés par les inforoutes
aux autres bibliothèques
à travers le monde .
2.2 La
mutualisation des ressources locales et nationales
Grâce aux réseaux de communication, et malgré l'entropie et
la cacophonie du Web, la bibliothèque scolaire n'est plus simplement un
lieu, elle est aussi un centre virtuel qui regroupe des ressources
locales, "intra-muros", propres à chaque bibliothèque, et des
ressources régionales et nationales,
"extra-muros", que toutes les bibliothèques scolaires peuvent
maintenant se partager grâce aux inforoutes.
Au niveau national, on peut imaginer qu'au-delà d'une liste
de services et de sites Web fournie à toutes les bibliothèques
scolaires du Québec via un site carrefour, une espèce de
Toile
éducative
, d'autres listes de sites Web et de services régionaux
seront requis. Ces répertoires régionaux pourront ensuite être
complétés localement, dans chaque établissement si nécessaire, de façon
à amalgamer les ressources locales aux ressources régionales pour ainsi
créer une vaste banque nationale de ressources et de services
pédagogiques indexés et commentés.
Le
Consortium
des bibliothèques de Saint-Hyacinthe est un bon exemple de cet
effort de mutualisation des ressources documentaires régionales par
l'entremise d'Internet. Formé de la bibliothèque municipale T.A.
Saint-Germain, de la bibliothèque du cégep régional et du centre
documentaire multimédia de la polyvalente Hyacinthe-Delorme, il offre
un puissant outil de recherche inter-bibliothèque et un bassin
documentaire comprenant 187 000 documents que les élèves peuvent
emprunter à distance et même, pour une partie, consulter à partir de
leur domicile ou de leur école. Autre exemple, le
Centre régional de services aux
bibliothèques publiques de Québec-Chaudières-Appalaches et ses
vingt bibliothèques affiliées ont mutualisé leurs ressources pour faire
de leur site Web un lieu de coopération interbibliothèques .
2.3 Le
bibliothécaire-internaute
Le rôle du documentaliste scolaire n'est pas d'archiver et
de conserver cette documentation et ces références pour les générations
futures, mais de servir "d'interface conviviale" entre l'information et
l'élève.
Le bibliothécaire-internaute n'est pas un archiviste mais
un formateur, aux habiletés transversales et
transdisciplinaires
les plus cruciales... les
habiletés
d'information. Pour ce faire, il doit s'appuyer à la fois
sur les méthodes bibliothéconomiques, confortées par les technologies
nouvelles, et sur celles liées au traitement de l'information propres à
chacune des disciplines du curriculum (
méthodes scientifique,
historique, statistique, journalistique, etc.).
" Le rôle du documentaliste n'est pas tant d'aider l'élève à
répondre à la question du professeur que de l'aider à aborder une masse
d'informations constituée de documents de différents niveaux, de
différents points de vue, dans laquelle l'élève (l'adulte !) se sent le
plus souvent perdu. Le documentaliste s'attachera alors à faire
découvrir les tris possibles : genre, nature, niveau de difficulté,
afin de sensibiliser à la façon dont les informations sont organisées
dans tel ou tel domaine. C'est par ce type d'actions que l'élève va
acquérir un savoir documentaire transférable dans toutes les
disciplines. " (Vérité, 1997).
3 Former les
élèves aux habiletés d'information
Parmi cet océan de données, lesquelles sont pertinentes et
fiables? Ces données sont-elles structurées? Sont-elles mises à jour
régulièrement? Où se trouvent-elles précisément? Le site Web offre-t-il
des outils de recherche, de traitement et d'interprétation des données (
analyse
documentaire, résumé indicatif ou informatif, indexation à partir d'un
langage documentaire, etc.)? Les sources sont-elles indiquées? Le
droit d'auteur est-il respecté? S'agit-il d'une version intégrale,
parfaitement conforme à l'original ou d'une contrefaçon ? Peut-on
utiliser librement ces ressources? Quel en est le coût d'utilisation?
Voilà quelques-unes des questions qui confrontent
l'internaute-apprenant et auxquelles pédagogues, enseignants,
bibliothécaires et documentalistes doivent apporter des réponses si
l'on souhaite que les élèves naviguent profitablement sur les eaux
virtuelles du cyberespace.
3.1 Faire
apprendre les méthodes de recherche
Devant cette information toujours plus abondante,
partielle, éparpillée, répétitive, détaillée et difficile à cataloguer,
il est essentiel de rendre l'élève de plus en plus autonome en lui
enseignant les méthodes et les procédures de recherche et en
l'habilitant à utiliser les outils de recherche documentaire disponibles
dans Internet (
répertoires et moteurs de
recherche) . Il faut pour cela créer de véritables
centres documentaires
multimédia (CDM) , lieux privilégiés permettant à l'élève de
s'initier à la démarche et aux méthodes de recherche adaptées au Web (
flânerie, inspirée, structurée, active)
et en relation avec les activités pédagogiques proposées dans les
programmes d'études.
Chantal Brodeur
, bibliothécaire à la Bibliothèque
municipale de Verdun, souligne dans un article de l'Index Virtuel : "
ce n'est que depuis très récemment que les producteurs de matériels
didactiques ont commencé à s'intéresser aux besoins spécifiques des
enfants en matière de recherche d'information. Or, il est actuellement
primordial pour les jeunes de posséder des habiletés en matière de
recherche et de traitement de l'information et de lecture des médias ".
Des expériences sur le terrain ont démontré que les élèves éprouvent
d'importantes difficultés à repérer l'information et à en évaluer la
fiabilité, la qualité et la pertinence que ce soit par le moyen des
techniques traditionnelles ou par le biais des nouvelles technologies.
" L'élève doit d'abord comprendre l'organisation logique de
l'information. Pour y arriver, la première étape est de comprendre
l'organisation de la collection à la bibliothèque qu'il fréquente :
regroupements par sujets ou classification décimale
Dewey. Une fois que les élèves ont compris ce
concept de classification organisée, ils ont beaucoup plus de facilité
à repérer l'information car ils ont consciences que les documents
traitant d'un même sujet sont classés au même endroit. Ils apprennent
ainsi à butiner dans les rayons. Cependant, cette étape est difficile à
franchir pour les jeunes qui ont souvent de la difficulté à
conceptualiser. Qui plus est, ils ne savent que très rarement dans
quelle source chercher. " En ce qui a trait aux recherches sur
cédérom ou dans Internet, on remarque que les jeunes s'intéressent
davantage aux effets multimédias et à la flânerie dans le Web qu'au
contenu des documents. Le manque d'habiletés en recherche d'information
chez les jeunes est la principale cause d'échecs et de découragements
dans leurs recherches (
Fasick, 1995).
3.2 Un
apprentissage adapté au développement cognitif de l'élève
Par ailleurs, il est très important que cette formation
respecte le rythme de développement cognitif de l'enfant. Carol
Kuhlthau
(1988) distingue quatre stades de développement cognitif chez l'élève
auxquels elle associe des besoins d'information et des compétences à
utiliser les ressources documentaires de la bibliothèque.
Au premier stade, entre 2 et 7
ans, les enfants font l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.
Bien qu'ils sachent qu'une bibliothèque est organisée, ils ne sont pas
encore prêts à être initiés à un système de classification. Le rôle de
la bibliothèque - CDM, consiste à créer le désir de lire et à le
stimuler.
Au deuxième stade, de 8 à 10
ans, les élèves sont capables de maintenir leur attention et leur
intérêt et ils sont capables de catégoriser et d'apprendre à utiliser
un système de classification. À la fin de ce stade, les élèves peuvent
apprendre à utiliser les classes du système
Dewey et à
retrouver plusieurs types de documents dans la bibliothèque.
Au troisième stade, correspondant à la
pré-adolescence, de 11 à 13 ans, l'élève peut abstraire, généraliser ou
construire des hypothèses. Son besoin d'information est stimulé par le
contexte scolaire. Les élèves de cet âge auront plus souvent recours au
documentaliste. On peut commencer à leur enseigner l'usage des index et
des outils de recherche sur le Web.
À
l'adolescence, dernier stade du développement cognitif selon
Kuhlthau,
les élèves cernent beaucoup plus facilement leurs besoins
d'information. De façon générale, les élèves de cet âge sont capables
de poursuivre une démarche de recherche inductive ou déductive et de
rassembler, analyser et sélectionner leurs sources documentaires.
3.3 Les six
étapes de la procédure de recherche documentaire
Plusieurs documentalistes et bibliothécaires préconisent
une
démarche
de recherche documentaire en six étapes (
Léveillé,
1997) :
1) cerner le sujet
ou déterminer l'objet de recherche;
2) chercher les sources
d'information dans un environnement adapté (national,
régional ou local) et utiliser les outils de recherche appropriés soit
pour un "vol de reconnaissance" à partir de répertoires hiérarchisés (Toile du Québec, Infobourg , etc.),
soit pour un "vol aux instruments" à l'aide de moteurs de recherche
(Francité, Nomade, etc.) ;
3) sélectionner les documents
pertinents suite à un premier survol et organiser ses sources;
4) prélever l'information
par une lecture rapide ou une lecture découverte, suivie d'une lecture
attentive ou d'une lecture intégrale et critique et en évaluer la
pertinence;
5) traiter l'information,
c'est-à-dire la mettre en ordre et, d'une donnée brute, en tirer des
données interprétatives;
6) communiquer l'information
et rédiger son
rapport à l'aide d'outils de publication assistée par
ordinateur (PAO).
À chacune de ces étapes de recherche est associée un lieu
de travail privilégié, des outils singuliers et une tâche particulière
à réaliser
(tableau 1, Léveillé, 1997). Armer de cette méthode et équiper des
outils modernes de communication et de traitement de l'information
toutes les collaborations sont permises. On peut même imaginer une
équipe de travail constituée de jeunes québécois et de jeunes français
réalisant une recherche historique, rédigeant un conte ou une nouvelle
et élaborant conjointement un site Web, coopérant ainsi à une oeuvre
commune sans pourtant s'être jamais rencontré sinon virtuellement sur
les inforoutes. Impossible diriez-vous? Pourtant des dizaines d'équipes
vivent cette expérience depuis janvier 1998 dans le cadre du concours
Histoires
croisées ; histoires de vies franco-québécoises.
4 De la nécessité
du traitement documentaire
Dans la bibliothèque conventionnelle, la classification
Dewey a permis de regrouper de façon simple et précise l'ensemble des
ressources documentaires alors que les règles de catalogage en ont
facilité la description. Après quelques tentatives, il semble que
Dewey "surfe" mal sur le Web et que
cette méthode de classification n'offre pas l'outil approprié pour le
catalogage des ressources documentaires dans Internet . De nouveaux
langages documentaires, organisés sous forme de thesaurus, composés de
descripteurs regroupés par domaine de connaissance et reliés entre eux
par des relations hiérarchiques ou associatives, préfigurant
l'hypertexte, auront permis de pousser plus loin le catalogage et
d'accroître l'accessibilité aux données.
En somme, Internet n'a rien d'une bibliothèque
traditionnelle dont on aurait simplement numérisé les documents
.
Internet ne se développera d'un point de vue éducatif et ne deviendra
un nouveau moyen de formation que si l'on met au point des services
analogues à ceux des bibliothèques traditionnelles pour organiser
l'information, la conserver et la retrouver. Même alors, Internet ne
ressemblera pas à une bibliothèque conventionnelle, car son contenu
restera dispersé. Les bibliothécaires et les documentalistes, qui
choisissent, indexent et classent les ouvrages dans Internet, devront
être épaulés par des spécialistes des technologies de l'information qui
mettront au point des techniques d'indexation automatisées de
l'information.
En effet, pour que l'on retrouve un renseignement parmi les
millions de sites Web existants, celui-ci doit avoir fait l'objet d'un
traitement documentaire. "
Loin d'être des carcans, les normes et
les règles bibliothéconomiques sont des conditions essentielles aux
échanges, et donc à l'ouverture de l'école sur l'inforoute." (
Durpaire,
1997) Faute de connaître ces règles et ces normes, les élèves
rencontrent de grandes difficultés et renoncent parfois à chercher
l'information.
4.1 Le silence
du Web
Aujourd'hui, la
recherche plein texte permet de
retrouver toute l'information disponible sur un cédérom ou dans
Internet. Trop d'informations, la boulimie et la surcharge
informationnelle nous menacent : "il n'est pas plus rassurant ni utile
de trouver un trop grand ensemble de documents que de n'en trouver
aucun" (
Durpaire, 1997). On fait ici référence au problème du
bruit
et du
silence documentaire. Si on interroge un moteur de
recherche comme Alta Vista sur le thème de la "meteo", il indiquera des
milliers de sources d'information (bruit). Si on l'interroge sur le
thème de la "météorologie", il en indiquera beaucoup moins (silence).
Se pose bien évidemment ici la question des signes diacritiques et du
statut des "langues vernaculaires" dans Internet, mais aussi le
problème des méthodes et des outils de recherche, de leur efficacité et
de leurs modes d'utilisation.
Étant donné que l'ensemble de notre démarche pédagogique vise
d'abord à former les élèves et à leur faire connaître à la fois les
méthodes de recherche et les outils technologiques d'investigation, il
est important que le pédagogue informe l'élève à propos des règles et
des techniques d'utilisation de ces outils (langage
booléen, parenthèses, troncature, frime et signe conventionnel,
proximité et "adjacence", majuscule et signes diacritiques,
etc.), de leurs potentiels et de leurs limites, mais surtout des stratégies de
recherche efficace (du général au
particulier, par objet typé, par peaufinage progressif, etc.) ,
de la pertinence et de la validité des informations retrouvées (voir en annexe le truc de la tornade inversée).
4.2 La
bibliothèque scolaire à la rescousse d'Internet
De nouveaux sites apparaissent chaque jour dans le Web
offrant une information en vrac, non-structurée, plus ou moins validée,
un océan de données dont il faut extirper quelques gouttes de
savoir.
Devant cette surcharge informationnelle, l'élève
"rapaillé" doit apprendre à choisir les ingrédients de sa
formation et à élaborer sa propre diététique de l'information. Il
est invité à le faire sur les sites Web des projets
form@net
et
Prof-Inet
, deux projets de formation conçus par des technologues de l'éducation,
des enseignants et des documentalistes dans le but d'
apprendre à
harnacher le Web et Internet pour en faire des outils didactiques
.
Ce sont des sites didactiques pour apprendre Internet et pour apprendre
avec Internet.
Devant cette explosion, ce foisonnement et même ce désordre
de l'Internet, un effort particulier d'organisation devra être
consenti. Pour ne pas être submergée et leurrée par ces vagues
d'informations déferlant de tous les horizons et pour permettre aux
élèves de tirer parti de ces ressources gigantesques, d'un simple "
clic! ", la communauté scolaire doit prendre conscience de l'importance
de former les jeunes aux habiletés d'information et les éduqués aux
médias.
C'est pourquoi le ministère de l'Éducation du Québec et le
Centre de liaison de l'enseignement et des
moyens d'information (
CLÉMI) de France sont à mettre sur
pied un projet de
formation
aux médias et de création d'une agence de presse pour les jeunes
francophones. Cet
Inter@gence
jeunesse aura son site Web où les journalistes en herbes
apprendront le fonctionnement d'une agence de presse et son processus
de cueillette et de traitement de l'information, contribuant ainsi à
démythifier les médias et à
nous éviter de revivre le syndrome médiatique "
C'est
vrai... c'est écrit dans le journal" (
Piette, 1996).
5 Les deux se
complètent
"
La primauté des textes imprimés va s'estomper mais
l'avenir des supports d'information doit être pensé en termes de
complémentarité et non de substitution" (
Pilon, 1997).
À la bibliothèque ou au centre documentaire multimédia
coexisteront livres, périodiques, revues électroniques, cédéroms,
logiciels sur disquettes et accès en ligne par Internet.
L'inforoute
enrichit le fonds documentaire de la bibliothèque branchée, mais jamais
la lecture sur écran ne remplacera la lecture exploratoire ou la
lecture plaisir au contact de l'objet-livre.
La bibliothèque traditionnelle avec ses rayons de
volumes et ses présentoirs de revues et la bibliothèque virtuelle avec
sa panoplie de ressources numérisées ne sont pas antagonistes, elles
sont complémentaires. Si on pouvait dessiner les plans d'une école
nouvelle, il faudrait y mettre la bibliothèque (informatisée il va sans
dire) au centre du dispositif et répartir les classes et les salles
d'ordinateurs tout autour.
Aller en classe ou aller à la
bibliothèque serait identique. Les élèves auraient ainsi le loisir
de naviguer d'une source d'information à une autre, tantôt physique
(romans, albums, encyclopédies, etc.), tantôt numérique (cédéroms,
disquettes, Internet) ou analogique (films, diapositives, cassettes,
etc.) À partir de scénarios d'activités conçus par l'enseignant ou à
partir de projets élaborés par les élèves.
N'allez surtout pas imaginer une
école ou une bibliothèque virtuelle où les élèves s'éduqueraient chacun
à domicile par la magie des ondes et de l'Internet. N'allez
surtout pas imaginer la disparition de l'école. "
L'école n'est pas
un décor, c'est la condition de l'éducation ", comme le disait un
enseignant et il ajoutait "
J'ai besoin des visages de mes élèves
pour enseigner " et l'élève de répondre " J'ai besoin des visages
de mes amis et de mon professeur pour apprendre ".
Annexe
1
La recherche
d'information
|
ÉTAPES
|
DESCRIPTION
|
LIEU - MOYENS
|
TÂCHES DE L'ÉLÈVE
|
|
CERNER
le sujet
|
- Comprendre la nature et l'étendue du sujet de recherche
- Énoncer le sujet de recherche
|
CLASSE
- Les connaissances personnelles
- Les pairs
- Le personnel enseignant
- Le bibliothécaire et le personnel de bibliothèque (...)
|
- Établir l'hypothèse ou la question de recherche
- Préciser les tâches à accomplir
- Identifier les habiletés à utiliser (...)
|
|
CHERCHER
les sources d'information
|
- Identifier les documents sur différents supports
- Identifier les sources d'information
|
BIBLIOTHÈQUE - INTERNET
- Le catalogue, les fiches, les index, les répertoires
- Les notices bibliographiques et les vedettes-matières
- Les banques de données sur l'informatique et la télématique
- Les documents écrits, audiovisuels et informatiques (...)
|
- Dresser la liste des documents
- Reconnaître les différences et les particularités de chaque
type de document
- Utiliser les outils de la bibliothèque (...)
|
|
SÉLECTIONNER
les documents
|
Répertorier l'information pertinente, sous toutes ses formes,
dans tous les documents
|
BIBLIOTHÈQUE - INTERNET
La structure intellectuelle des documents : titre, glossaire,
préface, schémas, table des matières, graphiques, index,
tableaux, chapitres, bibliographie (...)
|
- Consulter les documents
- Utiliser les points d'accès à l'information
- Utiliser la structure intellectuelle du document
- Lire rapidement les documents (...)
|
|
PRÉLEVER
l'information dans les documents
|
Recueillir toute l'information nécessaire
|
BIBLIOTHÈQUE - CLASSE - INTERNET
- Le genre de documents
- Les sites d'information
- La transcription et l'indication systématiques et
méthodiques des sources de références
- La lecture de reconnaissance rapide
- La lecture approfondie (...)
|
- Recueillir des informations dans plusieurs sources
- Extraire l'information pertinentes des documents
- Lire rapidement les documents
- Lire attentivement les documents
- Citer les sources (...)
|
|
TRAITER
l'information
|
- Soumettre l'information retenue à des opérations
intellectuelles
- Établir des relations entre les informations retenues
|
CLASSE - BIBLIOTHÈQUE - LABO. INFORMATIQUE
- La notation
- Les références
- Le classement des faits, des idées et des opinions
- Les critères
- La grille d'analyse ou de synthèse (...)
|
- Sélectionner l'information pertinente
- Regrouper les éléments d'information par mots-clés
- Distinguer les faits des opinions (...)
|
|
COMMUNIQUER
l'information
|
- Exprimer une opinion documentée sur le sujet de recherche
- Répondre à la question de recherche
|
CLASSE - LABORATOIRE INFORMATIQUE - INTERNET
- Les notes prises
- Les commentaires
- Les sources et références
- Les documents ou parties de document (...)
|
- Établir un plan de communication
- Organiser la communication de manière logique
- Présenter une communication avec sources et références
- Formuler un point de vue personnel (...)
|
Extrait de : LÉVEILLÉ, Yves. "La recherche
d'information à l'école secondaire", Commission
scolaire Chomedey-de-Laval, Laval, 1997, p. 25.
Annexe
2
Le truc de la tornade
inversée
Cette technique, selon Pierre-Julien Guay (1998), consiste
à effectuer une série de recherches donnant un nombre de plus en plus
petit de références. Il permet de s'assurer dans un premier temps de la
présence de documents sur le thème recherché et de valider dans un
deuxième temps chaque utilisation de termes de recherche.
Pour se faire une idée du nombre d'occurrences d'un mot ou d'un
thème, on commence par une recherche dans l'ensemble des documents
(titre, texte, liens et images). Par exemple, vous tapez le mot
histoir* dans le champ de recherche.
On essaie ensuite de limiter la recherche aux titres des
documents. Exemple : title : histoir*. Si le nombre de documents est
toujours trop élevé, vous pouvez utiliser des opérateurs additionnels.
Vous pouvez utiliser l'opérateur near. L'expression histoir* near
Canada permettra d'identifier les documents où les deux mots
apparaissent à moins de dix mots l'un de l'autre.
Dans le cas où vous auriez encore trop de documents, vous pouvez
restreindre la recherche en utilisant les guillemets, nous suggère
Pierre-Julien Guay. Par exemple, la recherche des termes histoire and
Canada donnera 10 000 documents, la recherche histoire Canada donne 3
documents et la recherche "histoire Canada" ne donne aucun document
dans l'Index des sites éducatifs francophones (ISEF).
Bibliographie
L'ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DES PROFESSEURES ET PROFESSEURS
DE FRANÇAIS.
L'impact des technologies de l'information et des
communications sur l'apprentissage et l'utilisation du français.
Québec Français, hiver 1998, numéro 108, p. 54.
BIBEAU, Robert. L'élève rapaillé. 2e édition. Montréal. 2001.
http://www.robertbibeau.ca/rapail.html
CARTIER, Michel. Le nouveau monde des infostructures.
Fides, Montréal, 1997, 227 pages.
CLIFFORD, Lynch. La recherche d'informations. Pour
la science. no 235, mai 1997, pp. 43-50.
DESAUTELS, Luc. Chercher sur Internet et chercher en
bibliothèque. Dans Clic, no 22, mars 1998, Montréal,
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