timisoara (Roumanie) mars 2006
Quelles
sont les modalités de «l’inclusion numérique» en éducation?
1) Le Québec
et
« l’inclusion numérique »
2)
Les
programmes d'inclusion numérique du ministère de
l'Éducation du Loisir et du Sport du Québec.
3)
Vous avez dit «société de l'information et du savoir»
?
4)
Définir les fractures numériques
5)
La théorie des trois mondes revisitée
6) Le «modèle»
québécois
7)
Conclusion
Combler le fossé numérique
chez les authoctones du Canada
Les
notes
attachées à ce texte
Références
1) Le Québec
et
« l’inclusion numérique »
Superficie
:
1 667 000 km2 (trois fois la superficie de la
France)
Population : 7 650 000 habitants (1/8e
de
la
population
française)
Internautes réguliers :
4 millions
(2005)
Nombre d'élèves :
1 million d’élèves
(primaire/secondaire)
Nombre d'étudiants :
330 000
étudiants (enseignement postsecondaire)
Nombre
d'établissements scolaires : 2 500
écoles
Nombre d'établissements
postsecondaires : 50
cégeps,
13
universités françaises, 3 anglaises.
Connexion Internet : Tous ces établissements
d’enseignement sont
informatisés et reliés entre eux par Internet à
haute vitesse.
Longueur du réseau de fibre
optique : des dizaines
de
milliers de kilomètres
Foyers branchés à
Internet :
74 % des foyers (90 % pour les foyers avec
enfant
d’âge scolaire)
Tarif : 30 $ C par mois - temps
illimité.
Question
1 : Comment assurer
l'accès et
l'utilisation
judicieuse des TIC dans un contexte
de
restriction budgétaire?
Question 2 : Comment
assurer la
qualité de l’accès et la
multiplication des usages pertinents de ces technologies
coûteuses?
2)
Les
programmes d'inclusion numérique du ministère de
l'Éducation du Loisir et du Sport du Québec.
1) aide à la planification
dans l’intégration. Un plan TIC pour l'école;
2) accès public aux (TIC)
à l’école,
bibliothèque municipale, centres jeunesse, centres
communautaires;
3) inclusion de
la compétence transversale TIC dans les programmes
d’études dans tous les ordres d’enseignement;
4) soutien
à l’élaboration et à l’évaluation des
contenus de qualité;
5) soutien
à l’acquisition
d’appareils et à l’utilisation à domicile via des
portails
personnalisés et
des portfolios numériques;
6) soutien
à la mise en
réseau et au branchement télématique;
7) formation des
formateurs;
8) mise au point
d’expériences d’intégration et
diffusion
des
résultats;
9)
développement de la
formation à distance avec les
TIC.
3)
Vous avez dit «société de l'information et du savoir»
?
Faut-il se soumettre au déterminisme
technologique ou la technique
conditionne et
oriente le développement social en toute indépendance?
Qu’est-ce
qu’une
société de l’information? En quoi ses caractéristiques transforment-elles
l’économie, la
société ? Qu’y a-t-il de si différent dans la
production, la distribution des biens, la répartition des
richesses, la transformation des ressources? Est-ce une révolution sociale de pouvoir appeler sa compagne,
par cellulaire, du fond de l’épicerie,
pour
s’enquérir de la marque de pain désirée ?
Pour une plus-value
des technologies de
l’information le moyen
technologique doit apporter une
valeur
ajoutée. La qualité du papier a-t-elle un
impact
sur la qualité de l’information contenue dans un livre?
La
qualité
de la fibre optique a-t-elle un impact sur la qualité des
notices
présentées
dans
Wikipédia?
Philippe Breton
"Une société
numérique de plus en plus « communicante »
et de moins en
moins
« rencontrante »". Comment
prétendre à l’inclusion si
nous
nous excluons mutuellement? Résistons à la croyance
messianique selon
laquelle relier
tout le monde à Internet provoquerait une révolution
sociale.
La notion
d’information oscille entre le bruit absolu qui
encombre
Internet (pourriels, désinformation, porno, littérature
haineuse,
virus, etc.) et
l'information journalistique,
culturelle, financière et scientifique
gratuite et de bonne qualité.
Comment pallier la surcharge
informationnelle et cognitive
qu’engendre l’accès
généralisé à une masse d’information et de
désinformation? En 2001, sur 640 000
utilisateurs d’Internet, 87 % ne savaient pas
se servir d’un moteur de recherche sur le Web (GUICHARD, 2003).
En insistant dans nos écoles
informatisées et
branchées sur l’acquisition
des compétences
d’information (recherche,
évaluation, authentification et
validation des
informations provenant de divers horizons et présentant de
multiples
points de
vue).
Les habiletés d’information constituent la
base
de la literacy (mélange
d’alphabétisation et
de culture technologique) et de « l'inclusion
numérique ».
4)
Définir les fractures numériques
Le «
fossé
numérique »
= incapacité pour certaines
sociétés ou individus de
bénéficier des
avantages
ou du «
dividende
numérique ».
Quel "dividende
numérique" ?
Chômage
technique ?
Délocalisation d’entreprises
rendue facile grâce aux
TIC ?
Spéculation boursière
en ligne ?
Fraude commerciale
électronique
?
Harcèlement publicitaire et
pourriels
(spam = 85 % messages Internet).
Définition: Fracture numérique
«
une mesure
de
l’inégalité
dans l’accès et surtout dans l’usage des technologies de
l’information
et de la
communication (TIC) comme le téléphone portable,
l’ordinateur en
réseau,
l’Internet. » Plusieurs
variables dans la vitesse de pénétration des
TIC : le
revenu – la variable
déterminante – la
scolarité,
l’
âge,
l’
urbanité, l’
éloignement
géographique,
l’âge des
enfants au foyer,
le
sexe.
Une mesure de
la
« fracture » ou de « l’inclusion
numérique ».
États-Unis
= 13 % population
mondiale
comme
l’Afrique (2000)
États-Unis = 43 % des internautes
Afrique = 1% des internautes.
Hispanophones = anglophones,
même nombre d'individus sur la
planète
Hispanophones = 5,4 % des internautes
Anglophones = 45 % des internautes, la plupart dans
les
pays du Nord.
L'internaute type
: un homme de moins de 35 ans, diplômé de
l’enseignement supérieur, revenu élevé,
père de famille,
urbain, anglophone.
Chaque technologie
posséde
son propre
profil de diffusion et donc sa propre "fracture" et son propre
processus d
"inclusion" (SCIADAS,
2002). La diffusion d’une
technologie
dans un milieu donné procède par vagues et connaît
des paliers
d’ajustements
(SCIADAS,
2002).
Problème
d’accès à la
technologie numérique OU
problème
de gestion et d’usage
de la technologie
malgré sa relative diffusion?
Est-ce l’accès à la
technologie
ou la formation à la technologie qui fait problème?
Quel est l’intérêt
de la
technologie si les
contenus de
qualité ne sont pas au rendez-vous?
Développer
"l'
inclusion
numérique"
est-ce
développer
un marché pour les vendeurs d’ordinateurs,
de câbles et
d’Internet ? En
2006, le
prix d’un ordinateur n’est
plus que du
1/4 de ce qu’il était
en 2001.
Pourtant, on constate un
tassement
non pas dans l’accès, mais
dans
l’usage des
technologies numériques dans les pays occidentaux. Quelle
est la
signification
de ce recul?
Plus grand nombre
d’ordinateurs = plus grand accès à la technologie et
amélioration de
« l’inclusion numérique » ? Ce n'est
pas le cas.
Il est
préférable de
mesurer
les fréquences d’utilisation, les temps
d’utilisation, les types d’utilisation et la qualité des
usages
numériques. La plus
grande
« fracture
numérique »
se situe dans l’incapacité
pour plusieurs à
sélectionner,
traiter et produire de l’information, dans l’incapacité
d’apprendre en
permanence à l’aide de ces outils numériques.
Entre 2000 et
2005 le parc d’ordinateurs dans les écoles
québécoises a augmenté de 20 000 appareils ( 152 000
à 172 000 appareils). Le ratio
du nombre d’élèves par ordinateur est
passé de
7 à 6, l'usage potentiel des machines s'est accru d’une
heure
environ (4,2 h./sem. par élève).
Hors, le ratio des postes de
travail
utilisés 15 heures et
plus par
semaine à l'école a diminué de 60 % à
56 %
donc, la
moitié des
appareils scolaires ne sont pas utilisés la moitié du
temps.
L’intérêt du personnel
enseignant pour la technologie
informatique
en classe a fléchi au cours de ces années.
Critique des
enseignants :
formation inadéquate, accompagnement
pédagogiquedisponibilité
des logiciels et des contenus
insuffisant.
Posséderr un ordinateur
branché
à
Internet c’est bien,
savoir
s’en servir efficacement, c’est mieux.
5)
La théorie des trois mondes revisitée
Quand
on mesure le
nombre
d’internautes ne mesure-t-on pas la richesse d’une
population plutôt que ses compétences à utiliser
les TIC?
Depuis 1999, le
Canada, la
France, l’
Italie
et l’
Allemagne ont
glissés du premier monde au second monde en
ce qui
concerne
les TIC.
La
Suède, la
Finlande et
quelques
pays nordiques restent seuls dans le premier monde.
L’ensemble du
reste de la planète, plus de
quatre
milliards d’individus,
« végètent » dans le tiers-monde
numérique.
Si
maintenant on
mesure le nombre
d’utilisateurs des technologies (Internet, cellulaire, etc.) par
rapport au produit intérieur brut (PIB) d’un
pays, le
premier
pays au monde
Palestine (indice de 7,83)
l’Estonie
(3,81)
Taiwan (2,99) (
GUICHARD,
2003).
Selon
deux
enquêtes
récentes, les
élèves qui utilisent régulièrement un
ordinateur obtiennent de
meilleurs résultats en mathématique et en sciences.
Est-ce là une cause ou un
effet de
« l’inclusion numérique »?
Nous mesurons ici la disparité
entre
une utopie
cognitive
(l’acquisition spontanée des connaissances par les
TIC) et
sa mesure à travers l’indice d’équipement
numérique. Ne
pas confondre
l’objectif « apprendre
à
écrire »,
avec le moyen
« apprendre
à
écrire à l’aide de l’ordinateur » (Charte,
2006).
6) Le «modèle»
québécois
Le Québec se situe au
15e
rang mondial en
matière d’utilisation des TIC dans les
foyers
et dans
les
écoles.
Plus
de 75 % des adolescents utilisent le courriel
régulièrement.
La quasi-totalité des
enseignants ont
une
adresse électronique.
1996 = 24 %
des
enseignants avaient recours aux TIC
2006 = 56 % des enseignants ont
recours régulièrement aux
TIC
Y
a-t-il un risque
d’internau-dépendance?
6 heures d'Internet par semaine
(60 % en
français)
25 heures de
télévision par semaine.
En 1996 =
85 000
ordinateurs dans les
écoles primaires et secondaires pour
plus
d’un
million
d’élèves (de 5 à 16 ans)
Ratio =
12
élèves/ordinateur
(temps 2 heures/semaines)
En 2006 =
172 000 ordinateurs
dans nos écoles pour un
million d’élèves
Ratio =
6
élèves/ordinateur
(temps 4 heures /semaine)
90 % des ordinateurs branchés
à Internet. Presque
toutes
les écoles branchées à Internet par
fibre
optique à grande vitesse.
La ressource numérique est
donc disponible.
Plus de la moitié des machines
ne servent pas la
moitié du
temps
scolaire.
Pour raisons d’organisation
scolaire ou
pour des motifs
de problèmes techniques
ou administratifs.
1.
Pour assurer
« l’inclusion
numérique » il faut d’abord planifier le
processus
d’intégration.
Plus
d’ordinateurs pour combattre la
« fracture numérique » et
favoriser
« l’inclusion numérique »? ou plus
de soutien, plus de formation, plus d’organisation, plus de
collaboration ?
Le Web
sémantique-schématique
intelligent n’est pas pour demain, pas plus que l’intelligence
artificielle n’a
fait long feu.
Développez
l’intelligence
technologique de l’utilisateur, vous favoriserez
« l’inclusion
numérique ». C'est la
différence entre «
répandre »
cette
technologie et
«
intégrer »
cette
technologie en milieu citoyen
et en milieu
scolaire.
2. Il faut
rendre les
postes de travail
accessibles dans des endroits publics (écoles primaires
prioritairement, centres jeunesses, centres
communautaires, bibliothèques, centres de main-d’œuvre).
Au
cours
des années
quatre-vingt-dix, le gouvernement québécois a offert une
aide
financière aux
familles pauvres pour l'achat d’un ordinateur branché à
Internet.
Des milliers de foyers ont ainsi été
équipés.
3.
Un ordinateur non
relié à
Internet est comme un appareil autistique.
Le
programme Villages
branchés du
Québec (branchement
complet en décembre 2006,
à haute vitesse, des
écoles,
municipalités, centres administratifs publics, collèges
et
universités).
Une
condition
importante de « l’inclusion numérique »
sera alors réalisée.
4. Il
faut assurer la
formation du
personnel enseignant et des
personnes-ressources qui aideront
les autres à utiliser.
Ainsi, dans les
années
quatre-vingt-dix,
des milliers d’enseignants se sont inscrits aux certificats APO des
universités.
Leur
niveau de compétence TIC s’est fortement amélioré.
5. Utiliser les « logiciels libres »
permet de
réduire les coûts de la technologie et de
développer les communautés de
pratiques et les usages coopératifs, deux conditions gagnantes
pour
assurer
« l’inclusion numérique » durable.
6. Nous avons inscrit les compétences TIC
au cœur de nos programmes
d’études afin de les
rendre incontournables.
7. Nous avons
érigé
une
structure de soutien à l’intégration didactique de ces
technologies
tant au
primaire et secondaire qu’à l’enseignement collégial et
universitaire
(
RECIT,
Vitrine APO, Profweb et Profetic).
8. Nous
avons soutenu
une
superstructure d’évaluation, d’indexation normalisée et
de diffusion
des
contenus numériques éducatifs (
GTN-Québec,
CRDI,
Carrefour-éducation,
CCDMD, Vitrine APO et
Eurêka).
9. Nous offrons
grâce
à
la SOFAD, au Cegep@distance, et à la Télé-Université
une
gamme de plus en plus complète de cours en formation initiale et
continue
de l’ordre d’enseignement secondaire, collégial ou universitaire
par
Internet,
comprenant un outil d’enseignement en ligne, un système de
gestion, d’encadrement et de
suivi des élèves.
7)
Conclusion
La
technologie ce
n’est
pas la
panacée. «
L’inclusion
numérique » ne réglera pas le
problème
de la
répartition inégale de la richesse; elle pourrait
même l’accentuer.
Pas question pourtant de prêcher en faveur de la
« rupture
numérique ». L’accès aux technologies numériques,
spécifiquement
leur
usage intelligent pour l’éducation des jeunes et
des
démunis, est souhaitable et réalisable au prix d’efforts
financiers
importants toutefois (750 M $ en 20 ans pour le secteur scolaire
Québecois uniquement).
Les TIC ont été
implantées en trois phases dans le milieu scolaire
québécois.
A)
Phase un, la phase de démarrage dynamique requérait de
nombreux ordinateurs que l'on a douze années plus tard
relieés par internet . Les activités de soutien
étaient cruciaux ainsi que les cours de formation de base et le
développement de didacticiels rudimentaires.
B) Une pahse de ralentissement, de repli, de tassement a
suivi.
Nous avions atteind un seuil dans la diffusion auprès des
enseignants. Les initiateurs précoces avaient tous
été enrôlés et les nouvelles vagues
d'utilisateurs avaient des besoins différents.
C) La phase de reprise est en cours. Les problèmes
d'usages collectifs, de soutien technique et pédagogique,
d'accompagnement sont cruciaux tout comme le développement et
l'implantation de services stratégiques structurants. Contenus
spécialisés, portails personnalisés et portfolios
numériques individualisés sont de bons exemples de ces
outils logiciels qui sont maintenant requis.
Le
gouvernement québécois met sur pied l’infrastructure pour
le
déploiement d’une
administration
gouvernementale
en ligne en complément au programme "Villages branchés du
Québec". Déjà, un certain nombre de
services
gouvernementaux sont accessibles à l’ensemble de la population
via
Internet.
Ces services sont appelés à se développer. Chaque
ministère et chaque
agence
gouvernementale a son site Web et son portail de
transactions en ligne.
Le
secteur de l’éducation, les commissions scolaires, les
cégeps et les
universités ne font pas exception et il est d'ores et
déjà possible de
s’inscrire à un programme
universitaire en ligne et de payer ses droits
de
scolarité par Internet. Il sera bientôt possible de
consulter
ses
résultats
scolaires via le portail
personnalisé
de chacun des établissements
d’enseignement. L’utilisation du portfolio
numérique
et de portails
personnalisés de suivi scolaire se développe
rapidement.
Mettre l’accent sur les ressources
humaines, la formation des
maîtres, le soutien
à la
planification
ordonnée et à
l’intégration progressive, accentuant les actions
stratégiques
structurantes
tout en soutenant l’acquisition et l’élaboration de contenus
numériques
qui
répondent à des besoins éducatifs
spécifiques. C’est ainsi que l’on
développe
chez les usagers une « intelligence »
des ressources
numériques, la
seule intelligence qui vaille dans l’univers technologique.