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Quelles sont les modalités de l'inclusion numérique ?
 
Robert Bibeau  
RobertBibeau (@) hotmail.com



Septembre 2010



 

 






Document fait avec Nvu

timisoara (Roumanie) mars 2006


Quelles sont les modalités de «l’inclusion numérique» en éducation?

1) Le Québec et « l’inclusion numérique »

2) Les programmes d'inclusion numérique du ministère de l'Éducation du Loisir et du Sport du Québec.

3) Vous avez dit «société de l'information et du savoir» ?

4) Définir les fractures numériques

5) La théorie des trois mondes revisitée

6) Le «modèle» québécois

7) Conclusion


Combler le fossé numérique chez les authoctones du Canada

Les  notes  attachées  à  ce  texte

Références






1) Le Québec et « l’inclusion numérique »

Superficie : 1 667 000 km2 (trois fois la superficie de la France)
Population : 7 650 000 habitants (1/8e de la population française)
Internautes réguliers : 4  millions (2005)
Nombre d'élèves :  1 million d’élèves (primaire/secondaire)
Nombre d'étudiants : 330 000 étudiants (enseignement postsecondaire)
Nombre d'établissements scolaires : 2 500  écoles
Nombre d'établissements postsecondaires :  50  cégeps,  13 universités françaises,  3  anglaises.
Connexion Internet : Tous ces établissements d’enseignement sont informatisés et reliés entre eux par Internet à haute vitesse.
Longueur du réseau de fibre optique : des  dizaines de milliers de kilomètres
Foyers branchés à Internet :  74 % des foyers  (90 % pour les foyers avec enfant d’âge scolaire)
Tarif :  30 $ C par mois - temps illimité.

Question 1 : Comment assurer l'accès et l'utilisation judicieuse des TIC dans un contexte de restriction budgétaire?
Question 2 : Comment assurer la  qualité de l’accès et la multiplication des usages pertinents de ces technologies coûteuses?



2) Les programmes d'inclusion numérique du ministère de l'Éducation du Loisir et du Sport du Québec.

1) aide à la planification dans l’intégration.  Un plan TIC pour l'école;
2) accès public aux (TIC) à l’école, bibliothèque municipale,  centres jeunesse,  centres communautaires;
3) inclusion de la compétence transversale TIC dans les programmes d’études dans tous les ordres d’enseignement;
4) soutien à l’élaboration et à l’évaluation des contenus de qualité;
5) soutien à l’acquisition d’appareils et à l’utilisation à domicile via des portails personnalisés et des portfolios numériques;
6) soutien à la mise en réseau et au branchement télématique;
7) formation des formateurs;
8) mise au point d’expériences d’intégration et  diffusion des résultats;
9) développement de la formation à distance avec les TIC.



3) Vous avez dit «société de l'information et du savoir» ?

Faut-il se soumettre au déterminisme technologique ou la technique conditionne et oriente le développement social en toute indépendance?

Qu’est-ce qu’une société de l’information? En quoi ses caractéristiques transforment-elles l’économie, la société ? Qu’y a-t-il de si différent  dans la production, la distribution des biens,  la répartition des richesses, la transformation des ressources? Est-ce une révolution sociale de pouvoir appeler sa compagne, par cellulaire, du fond de l’épicerie, pour s’enquérir de la marque de pain désirée ?

Pour une plus-value des technologies de l’information  le moyen technologique doit apporter une valeur ajoutée.  La qualité du papier a-t-elle un impact sur la qualité de l’information contenue dans un livre?

La qualité de la fibre optique a-t-elle un impact sur la qualité des notices présentées dans Wikipédia?

Philippe Breton  "Une société numérique de plus en plus « communicante » et de moins en moins « rencontrante »".  Comment  prétendre à l’inclusion si nous nous excluons mutuellement?  Résistons à la croyance messianique selon laquelle relier tout le monde à Internet provoquerait une révolution sociale.

La notion d’information oscille entre le  bruit absolu qui encombre Internet (pourriels, désinformation, porno, littérature haineuse, virus, etc.)  et  l'information journalistique, culturelle, financière et scientifique gratuite et de bonne qualité.


Comment pallier la surcharge informationnelle et cognitive qu’engendre l’accès généralisé à une masse d’information et de désinformation? En 2001,  sur 640 000 utilisateurs d’Internet,  87 %  ne savaient pas se servir d’un moteur de recherche sur le Web (GUICHARD, 2003).


En insistant dans nos écoles informatisées et branchées sur l’acquisition des compétences d’information (recherche, évaluation, authentification et validation des informations provenant de divers horizons et présentant de multiples points de vue).


Les habiletés d’information constituent la base de la literacy (mélange d’alphabétisation et de culture technologique) et de « l'inclusion numérique ».



4) Définir les fractures numériques

Le « fossé numérique » = incapacité pour certaines sociétés ou individus de   bénéficier des avantages ou du « dividende numérique ».

Quel "dividende numérique" ?
Chômage technique ?
Délocalisation d’entreprises rendue facile grâce aux TIC ?
Spéculation boursière en ligne ?
Fraude commerciale électronique ?
Harcèlement publicitaire et pourriels (spam = 85 % messages Internet).

Définition: Fracture numérique «une mesure de l’inégalité dans l’accès et surtout dans l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) comme le téléphone portable, l’ordinateur en réseau, l’Internet. »  Plusieurs variables  dans la vitesse de pénétration des TIC  : le revenu – la variable déterminante – la scolarité, l’âge, l’urbanité, l’éloignement géographique,  l’âge des enfants au foyer, le sexe.

Une mesure de la « fracture » ou de « l’inclusion numérique ».

États-Unis = 13 %  population mondiale comme l’Afrique (2000)
États-Unis = 43 % des internautes
Afrique = 1% des internautes.
Hispanophones = anglophones, même nombre d'individus sur la planète
Hispanophones  =  5,4 % des  internautes Anglophones =  45 % des internautes,  la plupart dans les pays du Nord.

L'internaute type : un homme de moins de 35 ans, diplômé de l’enseignement supérieur,  revenu élevé, père de famille, urbain, anglophone.

Chaque technologie posséde son propre profil de diffusion et donc sa propre "fracture" et son propre processus d "inclusion" (SCIADAS, 2002).  La diffusion d’une technologie dans un milieu donné procède par vagues et connaît des paliers d’ajustements (SCIADAS, 2002).

Problème d’accès à la technologie numérique  OU  problème de gestion et d’usage de la technologie malgré sa relative diffusion?

Est-ce l’accès à la technologie ou la formation à la technologie qui fait problème?

Quel est l’intérêt de la technologie si les contenus de qualité ne sont pas au rendez-vous?
Développer "l'inclusion numérique" est-ce développer un marché  pour les vendeurs d’ordinateurs, de câbles et d’Internet ? En 2006, le prix d’un ordinateur n’est plus que du  1/4  de ce qu’il était en 2001.

Pourtant, on constate un tassement non pas dans l’accès, mais dans l’usage des technologies numériques dans les pays occidentaux.  Quelle est la signification de ce recul?

Plus grand nombre d’ordinateurs = plus grand accès à la technologie et amélioration de « l’inclusion numérique » ?  Ce n'est pas le cas.

Il est préférable de mesurer les fréquences d’utilisation, les temps d’utilisation, les types d’utilisation et la qualité des usages numériques. La plus grande « fracture numérique » se situe dans l’incapacité pour plusieurs à sélectionner, traiter et produire de l’information, dans l’incapacité d’apprendre en permanence à l’aide de ces outils numériques.

Entre  2000 et 2005 le parc d’ordinateurs dans les écoles québécoises a augmenté de 20 000 appareils ( 152 000 à 172 000 appareils).  Le ratio du nombre d’élèves par ordinateur est passé de 7 à 6,  l'usage potentiel des machines s'est accru d’une heure environ (4,2 h./sem. par élève).


Hors, le ratio des postes de travail utilisés 15 heures et plus par semaine à l'école a diminué de 60 % à 56 % donc, la moitié des appareils scolaires ne sont pas utilisés la moitié du temps.


L’intérêt du personnel enseignant pour la technologie informatique en classe a fléchi au cours de ces années.

Critique des enseignants :   formation inadéquate, accompagnement pédagogiquedisponibilité des logiciels et des contenus insuffisant.

Posséderr un ordinateur branché à Internet  c’est bien,  savoir s’en servir efficacement, c’est mieux.




5) La théorie des trois mondes revisitée

Quand on mesure le nombre d’internautes ne mesure-t-on pas la richesse d’une population plutôt que ses compétences à utiliser les TIC? 

Depuis 1999, le Canada, la France, l’Italie et l’Allemagne ont glissés du premier monde au second monde en ce qui concerne les TIC.

La Suède, la Finlande et quelques pays nordiques restent seuls dans le premier monde.

L’ensemble du reste de la planète, plus de quatre milliards d’individus,  « végètent » dans le tiers-monde numérique.

Si maintenant on mesure le nombre d’utilisateurs des technologies (Internet, cellulaire, etc.) par rapport au produit intérieur brut (PIB) d’un pays, le premier pays au monde

Palestine (indice de 7,83)
l’Estonie (3,81)
Taiwan (2,99) (GUICHARD, 2003).

Selon deux enquêtes récentes, les élèves qui utilisent régulièrement un ordinateur obtiennent de meilleurs résultats en mathématique et  en sciences. Est-ce là une cause ou un effet de « l’inclusion numérique »?

Nous mesurons ici la disparité entre une utopie cognitive (l’acquisition spontanée des connaissances par les TIC) et sa mesure à travers l’indice d’équipement numérique.  Ne pas confondre l’objectif « apprendre à écrire », avec le moyen « apprendre à écrire à l’aide de l’ordinateur » (Charte, 2006).




6)  Le «modèle» québécois

Le Québec se situe au 15e rang mondial en matière d’utilisation des TIC dans les foyers et dans les écoles.

Plus de 75 % des adolescents utilisent le courriel régulièrement.
La quasi-totalité des enseignants ont une adresse électronique.
1996 =  24 % des enseignants  avaient  recours aux TIC
2006 = 56 % des enseignants ont recours régulièrement aux TIC

Y a-t-il un risque d’internau-dépendance?
6 heures d'Internet  par semaine (60 % en français)
25  heures de télévision par semaine.

En 1996 =  85 000 ordinateurs dans les écoles primaires et secondaires pour plus d’un million d’élèves (de 5 à 16 ans)
Ratio =  12 élèves/ordinateur  (temps  2 heures/semaines)

En 2006 = 172 000 ordinateurs dans nos écoles pour  un million d’élèves
Ratio = 6  élèves/ordinateur  (temps  4 heures /semaine)
90 % des ordinateurs branchés à Internet.  Presque toutes les écoles  branchées à Internet  par fibre optique à grande vitesse.
La ressource numérique est donc disponible.
Plus de la moitié des machines ne servent  pas la moitié du temps scolaire.
Pour raisons d’organisation scolaire ou  pour des motifs de problèmes techniques ou administratifs.




1.  Pour assurer « l’inclusion numérique » il faut d’abord planifier le processus d’intégration.

Plus d’ordinateurs pour combattre la « fracture numérique » et favoriser « l’inclusion numérique »? ou plus de soutien, plus de formation, plus d’organisation, plus de collaboration ?


Le Web sémantique-schématique intelligent n’est pas pour demain, pas plus que l’intelligence artificielle n’a fait long feu.  Développez l’intelligence technologique de l’utilisateur, vous favoriserez « l’inclusion numérique ». C'est la différence entre « répandre » cette technologie et « intégrer » cette technologie en milieu citoyen et en milieu scolaire. 



2.
  Il faut rendre les postes de travail accessibles dans des endroits publics (écoles primaires prioritairement, centres jeunesses, centres communautaires, bibliothèques, centres de main-d’œuvre).

Au cours des années quatre-vingt-dix, le gouvernement québécois a offert une aide financière aux familles pauvres pour l'achat d’un ordinateur branché à Internet. Des milliers de foyers ont ainsi été équipés.


                  
3.  Un ordinateur non relié à Internet est comme un appareil autistique.

Le programme Villages branchés du Québec (branchement complet en décembre 2006, à haute vitesse, des écoles, municipalités, centres administratifs publics, collèges et universités). Une condition importante de « l’inclusion numérique » sera alors réalisée.



4.
  Il faut assurer la formation du personnel enseignant et des personnes-ressources qui aideront les autres à utiliser.

Ainsi, dans les années quatre-vingt-dix, des milliers d’enseignants se sont inscrits aux certificats APO des universités.  Leur niveau de compétence TIC s’est fortement amélioré.



5.  Utiliser les « logiciels libres » permet de réduire les coûts de la technologie et de développer les communautés de pratiques et les usages coopératifs, deux conditions gagnantes pour assurer « l’inclusion numérique » durable.



6. Nous avons inscrit les compétences TIC au cœur de nos programmes d’études afin de les rendre incontournables.



7.
  Nous avons érigé une structure de soutien à l’intégration didactique de ces technologies tant au primaire et secondaire qu’à l’enseignement collégial et universitaire (RECIT, Vitrine APO,  Profweb et Profetic).



8.  Nous avons soutenu une superstructure d’évaluation, d’indexation normalisée et de diffusion des contenus numériques éducatifs (GTN-Québec, CRDI, Carrefour-éducation, CCDMD, Vitrine APO et Eurêka).



9. Nous offrons grâce à la SOFAD, au Cegep@distance, et à la Télé-Université une gamme de plus en plus complète de cours en formation initiale et continue de l’ordre d’enseignement secondaire, collégial ou universitaire par Internet, comprenant un outil d’enseignement en ligne, un système de gestion, d’encadrement et de suivi des élèves.






7) Conclusion

La technologie ce n’est pas la panacée. « L’inclusion numérique » ne réglera pas le problème de la répartition inégale de la richesse; elle pourrait même l’accentuer.

Pas question pourtant de prêcher en faveur de la « rupture numérique ». L’accès aux technologies numériques, spécifiquement leur usage intelligent pour l’éducation des jeunes et des démunis, est souhaitable et réalisable au prix d’efforts financiers importants toutefois (750 M $ en 20 ans pour le secteur scolaire Québecois uniquement).

Les TIC ont été implantées en trois phases dans le milieu scolaire québécois


A) Phase un, la phase de démarrage dynamique requérait de nombreux ordinateurs que l'on a douze années plus tard relieés par internet .  Les activités de soutien étaient cruciaux ainsi que les cours de formation de base et le développement de didacticiels  rudimentaires.

B) Une pahse de ralentissement, de repli, de tassement a suivi.  Nous avions atteind un seuil dans la diffusion auprès des enseignants.  Les initiateurs précoces avaient tous été enrôlés et les nouvelles vagues d'utilisateurs avaient des besoins différents.


C) La phase de reprise est en cours.  Les problèmes d'usages collectifs, de soutien technique et pédagogique, d'accompagnement sont cruciaux tout comme le développement et l'implantation de services stratégiques structurants. Contenus spécialisés, portails personnalisés et portfolios numériques individualisés sont de bons exemples de ces outils logiciels qui sont maintenant requis.

Le gouvernement québécois met sur pied l’infrastructure pour le déploiement d’une administration gouvernementale en ligne en complément au programme "Villages branchés du Québec". Déjà, un certain nombre de services gouvernementaux sont accessibles à l’ensemble de la population via Internet. Ces services sont appelés à se développer. Chaque ministère et chaque agence gouvernementale a son site Web et son portail de transactions en ligne.

Le secteur de l’éducation, les commissions scolaires, les cégeps et les universités ne font pas exception et il est d'ores et déjà possible de s’inscrire à un programme universitaire en ligne et de payer ses droits de scolarité par Internet. Il sera bientôt possible de consulter ses résultats scolaires via le portail personnalisé de chacun des établissements d’enseignement.  L’utilisation du portfolio numérique et de portails personnalisés de suivi scolaire se développe rapidement.

Mettre l’accent sur les ressources humaines, la formation des maîtres, le soutien à la planification ordonnée et à l’intégration progressive, accentuant les actions stratégiques structurantes tout en soutenant l’acquisition et l’élaboration de contenus numériques qui répondent à des besoins éducatifs spécifiques. C’est ainsi que l’on développe chez les usagers une « intelligence » des ressources numériques, la seule intelligence qui vaille dans l’univers technologique.

 

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