Revue Québec français-Juin 1999
Les technologies de l'information et de la communication (TIC) ce sont tous ces
outils modernes qui depuis quelques décades envahissent notre vie et nos lieux
de travail. Ils pénètrent même dans nos classes sans que l'on sache très bien
quoi en faire. L'ordinateur en est l'organe central, le cerveau, l'unité de
traitement des données et de l'information. Le lecteur de disquettes, le disque
rigide et le lecteur Cédérom, en sont les unités d'entreposage de l'information
et les mémoires permanentes. Le clavier, la souris, le microphone et le
numériseur en sont les unités de saisies - d'entrée - des données. L'imprimante,
l'écran d'ordinateur, la carte de son et les enceintes acoustiques en sont les
unités d'affichages et de sortie des données. Le modem en est l'unité de
communication avec l'extérieur. On relie son ordinateur au réseau Internet - le
réseau des réseaux - grâce à ce modem afin de communiquer avec l'extérieur,
recevoir du courrier électronique, visiter un site Web, chercher des données ou
communiquer par le son ou l'image avec un correspondant éloigné. Ces différentes
composantes constituent ce que les américains appellent la partie "hard" des
technologies, la partie matériel si vous préférez.
Toutes ces technologies n'ont aucun intérêt d'un point de
vue pédagogique si on ne met pas dans la boîte, dans le "cerveau" de
l'ordinateur, des programmes informatiques qui lui permettront de devenir un
outil d'apprentissage de la lecture, un outil d'apprentissage de l'écriture, un
outil de recherche de l'information, de planification de l'écrit, de révision et
de correction du texte, d'impression et de présentation du conte historique, du
roman ou de la nouvelle que vos élèves se seront échinés à composer. C'est ce
que l'on appel très souvent, par récidive angliciste, la partie "soft", ou la
partie logiciel, c'est-à-dire la partie «intelligente» des nouvelles
technologies.
Si une application, un programme d'ordinateur, un logiciel, pour évoquer tous
les vocables imaginables, fait appel à plusieurs médias comme le son, le texte,
l'image fixe ou animée pour transmettre un message à l'utilisateur on dit que
c'est une application multimédia. Ce n'est pas le support physique, tel le
Cédérom ou le DVD qui détermine si un logiciel est multimédia ou
non, mais le fait que le logiciel fait appel à une variété de médias pour
transmettre l'information. Un Cédérom qui ne contiendrait que des textes et des
données statistiques ne serait pas une application multimédia. Le fait de
présenter ces données sur un site Web dans Internet n'équivaut pas non plus à en
faire une application multimédia. Voilà, très sommairement présenté, ce que l'on
entend par technologies de l'information et de la communication (TIC) et
applications multimédias.
Mais quels usages peut-on faire de tout ce fatras technologique en classe de
français? Pour répondre à cette question comparons les «fonctions» mises en
œuvre par l'activité d'écriture, avec les fonctions offertes par les divers
logiciels d'aide à l'apprentissage de l'écriture de façon à observer s'il y a
adéquation entre les besoins d'apprentissage d'un jeune scripteur et les
potentialités offertes par les outils informatiques et les technologies de
l'information (TIC).
Un jeune scripteur requiert des
fonctions de planification du récit et de recherche de l'information. Les
technologies lui offrent le dictionnaire électronique, l'encyclopédie numérique,
la banque de mots, la banque de textes sur Internet et l'idéateur, ce logiciel
d'aide à la structuration des idées. Le jeune scripteur requiert aussi des
fonctions d'édition. L'informatique lui offre des outils de traitement de
texte, de dactylographie, de transcription, d'effacement, de copie et de collage
des mots et des segments de phrases, etc. Le jeune scripteur a besoin pour
écrire de fonctions de correction et de substitution de mots ou de
phrases. Les nouvelles technologies lui offrent les fonctions de recherche et de
remplacement ainsi que les correcteurs orthographiques et grammaticaux. Enfin,
le jeune scripteur a besoin d'outils de présentation. Les nouvelles
technologies lui proposent des logiciels de publication, de mise en page et
d'impression, des logiciels de présentation et de composition de pages Web qui
seront par la suite exposées sur Internet.
Voyons maintenant comment nous
pourrions imaginer un atelier technologique de composition, une espèce de
console d'écriture pour apprenti scripteur. La figure 1 présente la panoplie des
outils d'aide à la composition qui pourrait être mis à la disposition de l'élève
dans un tel atelier.
Figure 1
L'atelier de composition et sa boîte
à outils
|
Outils de références
|
Outils d'édition et de
communication
|
Outils d'aide à la planification et
à la révision
|
|
Encyclopédie
|
Logiciel de
télécommunication
Internet
|
Idéateur
|
|
Dictionnaire
|
Traitement de
texte
|
Aide à la rédaction
|
|
Banque de textes
Biographie
Bibliographies
|
Mise en page
Présentateur
|
Correcteur orthographique
Correcteur grammatical
|
Dans un pareil atelier
technologique aucun matériel n'est proscrit, aucune
stratégie d'enseignement n'est exclue, toute ressource
didactique est utilisée à son mérite,
à la place qui lui revient dans le processus
d'apprentissage. La colonne de gauche présente les outils
de références - dictionnaire et encyclopédie
multimédia, banque de textes, biographies et bibliographies
-. La colonne du centre présente les outils
d'édition et de communication - traitement de texte,
Internet, logiciel de mise en page et logiciel de
présentation -. La colonne de droite présente les
outils d'aide à la planification et à la
révision du texte - logiciel d'aide à la
rédaction présentant des modèles de lettres,
de contes ou de nouvelles, logiciel idéateur et de
planification du récit et les correcteurs orthographiques
et grammaticaux - . Tous ces logiciels se côtoient et se
complètent selon les tâches d'écriture, les
besoins et les requêtes de l'élève ou de
l'enseignant, suivant l'intention d'écriture,
l'interlocuteur visé, les axes de communication et les
canaux d'échanges de l'information.
Observons maintenant les
différentes étapes et les tâches du processus
de composition d'un récit et voyons comment les logiciels,
les applications multimédia et les inforoutes peuvent
assister l'élève en projet d'écriture. La
figure 2 situe les outils conventionnels (papier, crayons,
volumes) et les outils "multimédias" (logiciels,
Cédéroms et Internet) à partir des
différentes tâches qui confrontent le jeune
scripteur.
Figure
2
Tâches
d'écriture et outils d'aide à la
composition
|
Tâches de
composition et de révision
|
Boîte à
outils technologiques
|
Outils conventionnels
Papier/crayons/volumes
|
1.
Mise en situation
2.
Recherche d'idées, de mots,
d'expressions
Impression
Objectivation
|
Banque
de mots Logiciel
de présentation
Banque
de documents
Traitement de
texte
Fonctions
couper - copier - coller - Rechercher -
remplace
Encyclopédie
en ligne
|
Fiche
consignes de l'enseignante. Livre de lecture
Livre
de lecture
Fiches
de carton
Encyclopédie
Revues
|
3.
Premier jet structuré
Organisation
des idées
Impression
Objectivation
|
Idéateur
Couper
- copier - coller - dupliquer
Déplacer
- ajouter
Hiérarchiser
- rattacher
Internet
Imprimante
|
Papier
- crayons
Fiches
de lecture
Encercler
Souligner
Relier
Faire
le plan
|
4.
Rédaction et structuration du texte
Reférents
Ponctuation
Mots-liens
Conjugaison
Richesse
du vocabulaire
Impression
Objectivation
|
Aide
à la rédaction
Ponctueur
Conjugeur.
Informations sur: mots- liens, mots-outils, homophones
déterminants, répétition de mots.
Lisibilité, nombre de mots, longueur des phrases
Internet
Imprimante
|
Crayons
couleurs
Fiches
de lecture
Banque
de mots
Dictionnaires
Encyclopédies
|
|
5.
Révision et correction
orthographique
Accords
6.
Mise en page et édition
Impression
finale
|
Traitement
de texte
Dictionnaire
de synonyme
Correcteur
orthographique et grammatical
Grammaire
interactive
Logiciel
d'éditique ou de composition de pages
Web
Imprimante
Interne
|
Dictionnaire
papier
Grammaire
conventionnelle
|
La colonne de
gauche de la figure 2 présente les
tâches d'écriture et de révision dans un
certain ordre d'exécution;
1) la mise en situation
et les consignes de l'enseignant;
2) la cueillette
d'idées, de mots et d'expressions;
3) la mise en ordre des
idées et l'écriture d'un premier jet
structuré;
4) la rédaction et
la structuration du récit;
5) la
réorganisation des paragraphes suite à la
révision du texte et la correction orthographique et
syntaxique;
6) la mise en page pour
une édition définitive imprimée ou sur
Internet.
Dans la colonne centrale
nous identifions les outils informatiques et technologiques -
logiciels, cédéroms et Internet - qui peuvent
supporter le jeune scripteur dans la réalisation de ces
tâches d'écriture.
Dans la colonne de
droite on retrouve les outils conventionnels papier, crayons,
volumes et revues qui demeurent indispensables pour la
réalisation de chacune de ces tâches.
Les outils
d'assistance à la composition :
Caractéristiques attendues
À quoi peut-on
s'attendre des outils technologiques d'aide à
l'apprentissage de l'écriture dans l'avenir? Les nouvelles
applications d'aide à l'écriture, quelles soient
rendues disponibles sur support cédérom ou dans
Internet, seront à la fois ouvertes et
dédiées. Elles seront adaptables afin d'assurer une
meilleure individualisation des apprentissages, c'est l'ouverture,
et elles seront dédiées, c'est-à-dire
qu'elles seront adaptées à la réalisation de
certaines tâches d'assistance à l'apprentissage de
l'écriture, ce qui implique que l'élève aura
accès simultanément ou séquentiellement
à une panoplie d'outils
spécialisés.
L'ouverture du logiciel
ou de l'application sur Internet permettra à l'usager
d'adapter l'outil à sa démarche et à son
style cognitif. Une telle ouverture se caractérise par un
certain nombre de choix offerts à l'usager dans le but de
lui permettre d'adapter le contenu et les fonctions à ses
besoins. Un correcticiel ouvert est considéré comme
un outil plus souple, plus performant et plus intéressant
parce que répondant plus adéquatement au besoin
d'individualisation et de personnalisation de la formation. De
tels outils autoriseront par exemple le " désétayage
", c'est-à-dire le retrait progressif de toute aide
extérieure, de tout assistant d'écriture et
l'ajustement de l'ampleur du champ de recherche du correcticiel
(mot, ligne, phrase, paragraphe).
Le logiciel ou
l'application sur Internet assurera l'individualisation de la
formation sous divers aspects. D'abord, l'individualisation de la
quantité et de la complexité des informations
offertes. Pour un élève, avoir accès à
trop de données disparates et plus ou moins pertinentes
(surcharge cognitive) peut être aussi néfaste
à l'acquisition de compétence langagière que
l'insuffisance de renseignements. Les nouveaux dictionnaires
multimédias, maintenant accessibles sur Internet, avec leur
vaste bibliothèque d'images, de sons, de définitions
et de références structurées permettent
d'accéder à la définition même lorsque
l'on ignore le nom de l'objet que l'on cherche (Le
Visuel). Ces dictionnaires multimédias, guident le
lecteur, expliquent ce que sont les choses et les donnent à
voir.
Le logiciel devra aussi
assurer l'individualisation de la rétroaction en fonction
des difficultés et du cheminement de l'apprenant.
L'application sur Internet devra enfin permettre la
"personnalisation" de l'interface, des fonctions et des outils
offerts pour réaliser des apprentissages et résoudre
des problèmes d'écriture.
Les nouveaux logiciels
d'aide à l'écriture, avec ou sans accès
distant par Internet, devront pourtant demeurer des outils
suffisamment généraux pour satisfaire une grande
variété d'utilisateurs et répondre à
une multitude de besoins. Ils devront offrir une
interactivité accrue. L'interactivité sous-entend
les dimensions d'immédiateté, de dialogue et de
réalisme.
L'élève qui
apprend doit être capable de naviguer à travers les
textes, les graphiques, les images, les sons, les informations et
les connaissances disponibles dans le système, ou sur
Internet, tout en ayant accès au moment approprié
aux fonctions et aux outils requis pour les traiter.
L'interactivité implique de la part du logiciel ou de
l'application sur Internet une rétroaction
immédiate, pertinente et adaptée au besoin de
l'apprenant.
Les étudiants
élevés dans un environnement
télévisuel et vidéo répondent bien aux
applications et aux services en ligne mettant à profit les
ressources visuelles et sonores du multimédia. Les
applications multimédia comprenant de vastes banques de
données et de connaissances qui intègrent la voix ou
le son à l'image couleur, au texte, au graphique et
à l'animation assurent un plus grand réalisme des
situations d'apprentissage et probablement une plus grande
efficacité des outils de communications et de
formation.
La multiplicité et
la complexité des ressources technologiques mises en oeuvre
et l'interactivité accrue ne doivent pourtant pas nuire
à la convivialité du logiciel. La
convivialité n'est pas une recette mais une façon
d'aborder les problèmes du point de vue de l'apprenant.
Cela implique trois grandes caractéristiques essentielles.
Tout d'abord, l'universalité du logiciel,
c'est-à-dire que l'on conçoive le logiciel ou
l'application comme un ensemble cohérent; l'emballage, la
documentation, l'installation, l'interface, la formation,
l'intégration en classe, le support technique et les aides
en ligne, tout cela à l'intérieur d'une
métaphore intégratrice. Ensuite, que l'on respecte
la cohérence interne et externe. La cohérence
interne suppose que le concepteur respecte la "règle d'or"
de la simplicité et de l'uniformité de l'interface
et que cette approche globale qui guide la conception soit
maintenue dans la façon dont le produit est
présenté. La cohérence externe signifie que
l'on doit tenir compte du contexte d'utilisation du logiciel, de
l'évolution du produit après sa mise en
marché et de l'évolution de l'utilisateur qui
passera peu à peu du niveau d'apprenti à celui
d'expert.
D'ores et
déjà nous pouvons affirmer que ces nouveaux
logiciels et ces nouveaux applicatifs en réseau ouverts,
adaptables, interactifs, conviviaux, aux interfaces mieux
dessinées, plus ergonomiques et aux contenus mieux
ciblés en fonction des clientèles visées,
seront aussi plus spécialisés et beaucoup plus
performants, non pas à cause de la multiplicité des
fonctions qu'ils offriront mais par la pertinence, la
précision et la qualité d'exécution d'un
nombre restreint d'opérations qu'ils assureront et par les
contenus précis et variés qu'ils offriront à
l'apprenant.
Bien entendu, on ne
pourra pas raisonnablement attendre des applications d'aide
à l'apprentissage de l'écriture qu'ils
découvrent les mauvaises stratégies que
l'élève adopte en rédigeant ou en corrigeant,
ni qu'ils suggèrent des activités correctives
d'apprentissage. Cela demande une formation pédagogique
poussée et relève de la compétence exclusive
de l'enseignant qui conserve toujours la responsabilité du
choix des ressources didactiques à mettre en oeuvre pour un
apprentissage efficace.
Bibliographie
BIBEAU, Robert,
(1995), Aides à l'écriture : principes directeurs
d'une politique ministérielle, Montréal,
Éditions Logiques, pp. 65-77.
BIBEAU, Robert; DUFORT,
Jean-Guy; DUFOUR, Christiane, (1990), Le laboratoire
d'écriture et sa boîte à outils : Bilan du
projet d'expérimentation, Montréal, Le
Bus,vol. 8 no 1 p. 91-95.
BIBEAU, Robert; DUFORT,
Jean-Guy, (1989), L'atelier d'écriture et sa boîte
à outils, Montréal Le Bus, vol. 7,
no 1, p. 10-13.
BIBEAU, Robert, (1987),
Le laboratoire d'écriture et sa boîte à
outils, Montréal,
Vie Pédagogique, no 51, novembre 1987,
p. 43-48.
DÉSILETS, Mario,
(1998) Que penser de l'utilisation des logiciels correcteurs
à l'école? Montréal, Vie
pédagogique, no 107, avril-mai 1998, p.
9-12.
DUFOUR, Christiane;
DUFORT, Jean-Guy; BIBEAU, Robert, (1990), Une première
évaluation de logiciels pour un atelier d'écriture
sur appareils MS-DOS, Montréal, Direction des
ressources didactiques, MEQ, DRD-90-0008,
février 1990, 32 p.
LANDREVILLE, Ginette,
(1995), Traitement de texte et apprentissage de l'écriture:
ce que dit la recherche, in Aides informatisées
à l'écriture, Montréal,
Logiques.
QUÉRÉ,
Yves, et collaborateurs, (1997), Lecture, informatique et
nouveaux médias, Paris, Observatoire National de la
lecture,MENRT, 27 pages.