à soir on fait pas peur au monde
Cette
année, l’Association québécoise des
utilisateurs des ordinateurs au primaire et au secondaire (AQUOPS)
tient son 25e colloque annuel. Il
y a 24 ans, le premier Plan ministériel « Informatique pour tous »
était lancé. Lors du premier inventaire, on
recensait 1700 ordinateurs dans les 3000 écoles québécoises, aujourd’hui, on en
dénombre 170 000 et il s’en ajoute chaque année.
L'utilisation des TIC à l'école ne date pas d'hier.
Les problèmes d'implantation et d'intégration
systémique non plus.
Déjà en 1987, les pionniers de l’intégration des
technologies numériques en pédagogie (APO) avaient découvert la «recette» (une "recette" parmi d'autres) pour une implantation réussie. La voici :
INGRÉDIENTS
Des ressources
financières
importantes et annuellement assurées pour plusieurs années (condition d’une
saine planification).
Du temps pour les enseignants, du temps pour la réflexion,
pour la formation, pour la planification de situations
d’apprentissage et d’évaluation (SAE) authentiques,
contextualisées et conformes aux visées du programme de formation.
Des ordinateurs nombreux, performants, fiables, accessibles, branchés
en réseau pour la télécollaboration et les communautés d’appren- tissage.
Des applications puissantes, stables, dédiées, faciles d’emploi,
conviviales et qui offrent l’accès à des contenus et des ressources
numériques de qualité.
Une volonté
politique
affirmée qui conforte les gestionnaires locaux dans leurs efforts et leur soutien "indéfectible" aux enseignants.
De l’information,
de la formation et du soutien en bonne quantité et selon un flux
constant et régulier.
Un plan
systémique d’intégration
fruit d’une heureuse complicité entre les partenaires de
l'éducation (enseignants, directeurs, conseillers
pédagogiques, responsable RECIT, etc.).
PRÉPARATION
Chacun de
ces ingrédients doit être disponible en bonne quantité et mélangé dans des
proportions qui respectent l’autonomie régionale (commission scolaire)
ainsi que la sensibilité des acteurs locaux (écoles). Par exemple,
la
Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Iles
énumère cinq stades d’intégration des TIC
chez les enseignants : L’entrée,
l’adoption, l’adaptation, l’appropriation et l’invention.
Selon le stade identifié dans l'école ou chez les enseignants d'un cycle, les besoins en ressources, en formation et en soutien
peuvent varier. C’est le premier élément
à considérer lors d’une planification intégrée.
Pour ce qui est des élèves, sans vouloir sacrifier à
la légende urbaine relativement à l’apprentissage génétiquement programmé
de ceux qui seraient « né avec une souris et un clavier » nous devons admettre qu’ils sont nombreux à
n’attendre que l’opportunité de s’engouffrer dans la classe-branchée ou
l’occasion d’y télé-collaborer.
Si préparation et ingrédients ne sont pas de
qualité et en quantité suffisante la mayonnaise risque de ne pas monter comme
le souligne ce texte illustré : «Obstacles aux TIC pour un prof
technophile [schéma]».
RÉFLEXIONS
Cette « recette », connue en 1987, a été reprise en 1997 et doit
être rééditée en 2007 pour que chacun se
souvienne que le
monde des technologies n’est pas apparu aujourd’hui et ne disparaîtra pas avec
lui. Pour ce qui est de la diffusion de cette « recette » en
éducation, on observe un monde de différenciation. Toutefois, nulle part les
ressources ne suffiront.
Deux forces tangentielles entravent cette marche
forcée vers les TIC partout, pour tout, pour tous.
D'abord les ressources humaines et financières sont
rares et doivent être partagées entre de multiples priorités. Plus d’argent pour engager des enseignants ou
pour acheter des équipements ? Il y a ensuite, la résistance au changement.
Partout en occident, les systèmes scolaires sont ébranlés – questionnés – et
devant cette insécurité les cadres scolaires et les enseignants déconcertés ne
veulent plus être perturbés, bousculés. L’enseignant des temps présents est un homme
orchestre fatigué – et cette schématisation de sa prestation n’est
pas faite pour le conforter « The Networked Teacher ».
Nous devons
donc redoubler d’efforts tout en rassurant les intervenants. Proclamer la
« destruction du système scolaire bureaucratique » et psalmodier la «
révolution pédagogique par les TIC » au
milieu de cette cacophonie pléthorique est la pire des tactiques, la plus
rédhibitoire.
A
contrario de Charlebois dans « L’Osti d’Show », je dirais « À soir, on
fait « pas » peur au monde ».