Le journaliste
Michael T. Klare
nous a gratifié d’un texte percutant à propos du
déclin précipité de
l’impérialisme américain. Qui peut mettre en doute
cette évidence ? Si les constatations
du
journaliste sont véridiques ses prédictions par contre ne
tiennent pas la route. (1)
Qu’est-ce
qui cloche dans les
prévisions de Michael Klare ? Pronostiquer, comme il le fait, le
déclin rapide
de l’hégémonie américaine est un lieu
commun. Cibler l’année 2025
comme horizon du
renversement de l’hégémonie US, pourquoi
pas…quelques années plus tôt, quelques
années après et puis après ? En 2025, le PIB de la
Chine dépassera celui des
États-Unis cette date semble donc un choix judicieux.
Prédire la montée en
puissance de la Chine va de soi, un milliard et demi d’individus
mis au servage
capitaliste enrichiront immensément l’avide
nouvelle aristocratie
chinoise.
Que l’on
segmente la déchéance
américaine en six ou en dix étapes n’a pas
d’importance. L’organisation de
rencontres annuelles à (G) 7 à (G) 8 ou à (G) 20
chefs d’État peut tout aussi
bien être interprétée comme une tentative
américaine d’influencer un plus grand
nombre d’hommes d’État, qu’un signe de perte
d’influence américaine…qu'importe ?
L’hégémonie
du dollar battue en brèche par la fuite des capitaux hors
des États-Unis dans une course folle au rendement maximum est d’une importance capitale et le signe
le
plus évident de la perte de puissance de l’hydre
américain. Enfin, le
journaliste a bien perçu l’inanité du spectacle
nucléaire iranien. Il existe
une expression canadienne pour stigmatiser ce type de guignol
politique. Au
Canada on dit, voilà « un show de
boucane », lire, voici un cirque qui ne vise qu’a
jeter de la poudre aux
yeux des badauds trop naïfs pour comprendre que l’avenir de
l’humanité ne se
joue pas autour d’une nouvelle centrifugeuse nucléaire.
L’Iran possède
la deuxième réserve d’énergie fossile au
monde et pour encore quelques années
ces ressources énergétiques seront
considérées comme stratégique par la
première puissance atomique mondiale.
Alors
qu’est-ce qui cloche dans
la prophétie de monsieur Klare? C’est
sa conclusion qui dérape. Quand il écrit :
« il convient de reconnaître les avantages
qu’il y a à être un pays
ordinaire, comme n’importe quelle autre nation. »
monsieur Klare prend
son rêve pour une réalité.
Bien
évidemment qu’il existe des
avantages à n’être qu’une nation ordinaire,
mais quels sont les avantages à être une super
puissance mondiale auxquels
il faut alors renoncer ? Est-il
avantageux d’imprimer la monnaie du commerce international et de
ce fait de surconsommer et de vivre en
parasitant les
peuples de la terre, particulièrement les plus pauvres ? Est-il avantageux de fixer les prix des
énergies, des ressources naturelles et des biens de consommation
de façon à
engranger les profits maximums. C’est à cela et à
bien d’autres avantages que
monsieur le visionnaire invite la classe capitaliste monopoliste
américaine à
renoncer pour devenir une nation « ordinaire ».
Parions que le groupe
des milliardaires américains ne s’enflammera pas pour
cette nouvelle vision
holistique de la politique mondiale.
Ces
milliardaires américains qui
soi-disant cherchent à donner la moitié de leur fortune
aux pauvres mais n’ont
pas encore trouver le moyen d’aider Haïti, l’Afrique
ou l’Inde. Des
milliardaires plus intéressés à vacciner
- stériliser les femmes du tiers monde qu’a donner
à boire et à manger aux damnés de la
terre. (2)
Au cours de
l’histoire jamais une
puissance en déclin ne s’est retirée de la
scène sans coup férir. Jamais une
grande puissance n’est devenue une « puissance
ordinaire » sans avoir
préalablement combattu et résister pour maintenir sa
domination. Byzance
exsangue, a résisté âprement à la
conquête de Mehmet II. Napoléon,
déchu sur l’île d’Elbe, est revenu
pendant cent jours semer la mort sur le continent européen.
Après Stalingrad,
El Alamein, la Sicile, puis la Normandie la puissance nazie s’est
acharnée à
résister désespérément à son
écrasement. La France a du être chassé de ses
possessions coloniales alors qu’elle n’avait plus les
moyens de se maintenir
comme puissance coloniale. On pourrait ainsi multiplier les exemples de
ces
nations qui n’ont jamais voulu devenir
des nations ordinaires.
L’histoire a du s’imposer
à elles après des
soubresauts tragiques et meurtriers.
Avec ses
milliers de tête
nucléaires, son armada et ses milliers d’avions de combat
les États-Unis
d’Amérique demeure un danger considérable pour tous
les peuples du monde.
Espérons que d’ici 2025 le peuple américain
refusera de servir de chair à canon
pour soutenir les visées hégémoniques de ces
capitalistes moribonds.
ANNEXE
Michael T. Klare : Le
déclin précipité de
l’hégémonie américaine.
Note à l’attention de la CIA : Vous n’êtes
peut-être pas préparés à voyager
dans le temps, mais bienvenue quand même en 2025 ! Vos bureaux
sont peut-être
un peu exigus, vos droits à exiger de meilleurs locaux se sont
sans doute
évaporés, et les avantages annexes ne seront
peut-être pas à votre goût, mais
il faudra vous y habituer. Car telle sera désormais la
réalité.
Trêve de plaisanterie. Passons maintenant à la version
sérieuse de ce qui
précède : En Novembre 2008, le National Intelligence
Council (NIC), une branche
de la Central Intelligence Agency, a publié le dernier rapport
d’une série de
publications futuriste, destinées à défricher le
terrain pour la future
administration Obama. Cette consultation de boule de cristal analytique
s’est conclue
par un rapport intitulé « Tendances mondiales 2025
», où l’agence prédit que
l’hégémonie américaine tendrait à
disparaître progressivement au cours des 15
prochaines années - parallèlement à la
montée de nouvelles puissances
mondiales, en particulier la Chine et l’Inde. Ce rapport
examinait de nombreux
aspects de l’environnement stratégique du futur, mais sa
conclusion la plus
remarquable - et qui a fait les unes - était celle d’une
érosion à long terme
de la domination américaine et de l’émergence de
nouveaux concurrents mondiaux.
« Bien que les États-Unis puissent rester l’acteur
le plus puissant [en 2025]
», constatait sans ambages cette étude, la «
puissance relative - même dans le
domaine militaire - diminuera et les moyens d’actions des USA
seront plus
limités. »
Ce rapport, appartient déjà au passé.
Aujourd’hui, quelques 11 mois plus tard,
les choses ont déjà changé. Ces prédictions
futuristes devront être adaptées
aux réalités rapidement changeantes de la situation
actuelle. Bien qu’ayant été
publié après le début de la crise
économique mondiale, ce rapport a été
rédigé
avant que cette crise n’atteigne son maximum. Il affirmait donc
que le déclin
de la puissance américaine serait graduel,
s’étendant au-delà de l’horizon de
15 ans qui était celui de l’étude. Mais la crise
économique et les événements
qui l’ont accompagné ont radicalement bouleversé ce
calendrier. À la suite des
énormes pertes subies par l’économie
américaine durant l’année écoulée, et
d’un
redémarrage surprenant de l’économie chinoise, la
transition des pouvoirs que
ce rapport prévoyait s’est accélérée.
Lorsque l’on examine les faits, cette
année 2025 est déjà là.
De nombreux évènements prévus par le «
Global Trends 2025 » se sont en fait
déjà déroulés. Le Brésil, la Russie,
l’Inde et la Chine - désignés
collectivement par l’acronyme BRIC - jouent déjà un
rôle beaucoup plus actif
dans les affaires économiques mondiales, alors que le rapport
prévoyait que
cela ne serait le cas que dans une décennie ou deux. Dans le
même temps, la
position mondiale dominante auparavant monopolisée par les
Etats-Unis avec
l’aide des grandes puissances industrielles occidentales - le
Groupe des 7
(G-7) - s’est déjà affaiblie à un rythme
remarquable. Les pays qui autrefois
demandaient conseil aux États-Unis sur les grandes questions
internationales
ignorent maintenant les recommandations de Washington et
développent au
contraire leurs propres réseaux politiques autonomes. Les
États-Unis sont de
moins en moins enclins à déployer leurs forces
armées à l’étranger alors que
les puissances rivales augmentent leurs propres capacités
militaires et que les
acteurs non étatiques recourent aux tactiques «
asymétriques » pour
contrecarrer l’avantage de la puissance de feu conventionnelle
dont disposent
les États-Unis.
Personne ne semble le dire haut et fort - pour le moment - mais
exprimons les
choses crûment : après que moins d’un an se soit
écoulé sur les 15 années
qu’analysait le rapport de la CIA, la période de la
domination incontestée de
l’Amérique sur le monde est arrivée à son
terme. Cela pourra prendre une
décennie ou deux (ou trois) avant que les historiens ne soient
capables de
porter leurs regards en arrière et de se prononcer avec
certitude sur « le
moment où les Etats-Unis ont cessé d’être la
puissance dominante de la planète
et ont été forcés de se comporter comme un acteur
majeur parmi d’autres dans un
monde où existent plusieurs grandes puissances rivales. »
Cependant, pour les
esprits observateurs, les indices de cette grande transition sont
déjà visibles.
Six étapes vers un destin de nation ordinaire
Voici la liste de six événements récents qui
indiquent selon moi que nous
sommes entrés en « 2025 » dès
aujourd’hui. Tous les six ont été rapportés
par
les médias ces dernières semaines, bien qu’ils
n’aient jamais été mis en
perspective tous ensembles. Ces six évènements (ainsi que
d’autres, semblables)
forment un motif : ils dessinent une nouvelle ère en formation.
1. Lors du sommet économique mondial de Pittsburgh, les 24 et le
25 septembre,
les dirigeants des grandes puissances industrielles, le G-7 (G-8 si
l’on inclut
la Russie) ont accepté de transférer la
responsabilité de la supervision de
l’économie mondiale à un groupe plus vaste, plus
ouvert : le Groupe des 20
(G-20), incluant la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie,
et d’autres pays en
développement. Bien que des doutes aient été
soulevés quant à la capacité de ce
groupe élargi à exercer un leadership efficace au niveau
mondial, il ne fait
aucun doute que cette transformation signale un déplacement de
la puissance
économique dans le monde, de l’Ouest en direction de
l’Est et le Sud. Ce
déplacement entérine une baisse considérable de la
prééminence économique
américaine.
« La véritable signification du G-20 n’est pas celle
d’un passage de relais du
G-7/G-8 mais du G-1 : les États-Unis », a écrit
dans le Financial Times Jeffrey
Sachs de l’Université de Columbia. « Durant les 33
années du Forum économique
du G-7, les États-Unis ont impulsé les décisions
économiques les plus
importantes. » Le déclin du leadership américain au
cours de ces dernières
décennies a été obscurci par l’effondrement
de l’Union soviétique et par
l’avance initiale acquise par les USA dans les technologies de
l’information,
note également Jeffrey Sachs, mais on ne peut plus
désormais se méprendre sur
cette transition du pouvoir économique des Etats-Unis en
direction de la Chine
et des autres locomotives des économiques émergentes.
2. Selon la presse, les rivaux économiques de
l’Amérique ont tenu des réunions
secrètes (mais pas tant que cela) afin d’étudier
une réduction du rôle du
dollar US - qui perd de sa valeur - dans le commerce international.
Jusqu’à
présent, l’utilisation du dollar comme devise
internationale procurait aux
États-Unis un avantage économique important : ils
pouvaient simplement imprimer
des dollars pour faire face à leurs obligations internationales
alors que les
autres pays doivent convertir leurs propres devises en dollars, ce qui
entraîne
souvent des surcoûts significatifs. Désormais, nombre de
grands pays
exportateurs - dont la Chine, la Russie, le Japon, le Brésil et
les pays
pétroliers du golfe Persique - envisagent l’utilisation de
l’euro, ou d’un «
panier » de monnaies pour leurs échanges commerciaux.
S’il est adopté, un tel
plan accélérerait la chute vertigineuse du cours du
dollar et éroderait encore
davantage l’influence américaine sur les affaires
économiques internationales.
L’une de ces rencontres aurait eu lieu cet été lors
d’un sommet des BRIC. Alors
qu’il ne s’agissait que d’un concept il y a un an,
lorsque le terme de BRIC a
été inventé par l’économiste en chef
de Goldman Sachs, le groupe des BRIC est
devenu une réalité en juin lorsque les dirigeants des
quatre pays ont tenu une
session inaugurale à Iekaterinbourg, en Russie.
Le fait même que le Brésil, la Russie, l’Inde et la
Chine aient choisi de se
constituer en groupe a été considéré comme
significatif, car ces pays
rassemblent conjointement environ 43% de la population mondiale et
devraient
représenter 33% du produit intérieur brut mondial
d’ici 2030 - à peu près
autant que les États-Unis et l’Europe occidentale à
cet horizon. Bien que les
dirigeants du groupe BRIC aient décidé à ce stade
de ne pas former un organe
permanent comme le G-7, ils sont convenus de coordonner les efforts
visant à
développer des alternatives au dollar et à
réformer le Fonds Monétaire
International, pour que les pays non occidentaux y disposent
d’une voix plus
forte.
3. Sur le front diplomatique, les efforts de Washington pour obtenir le
soutien
d’une pression internationale accrue sur l’Iran afin
qu’il mette un terme à son
programme d’enrichissement d’uranium ont été
rejetés par la Russie et la Chine.
Un mois après que le président Obama ait annulé le
projet de déploiement d’un
système anti-missiles en Europe orientale, souhaitant
apparemment obtenir le
soutien russe sur une position plus dure envers Téhéran,
les hauts dirigeants
russes ont clairement indiqué qu’ils n’avaient
aucune intention de cautionner
un renforcement des sanctions contre l’Iran. « Les menaces,
les sanctions et
les pressions dans la situation actuelle, nous en sommes convaincus,
seraient
contre-productifs », a déclaré le ministre russe
des Affaires étrangères,
Sergey V. Lavrov, après une réunion avec le
secrétaire d’État Hillary Clinton à
Moscou le 13 octobre. Le lendemain, le Premier ministre russe Vladimir
Poutine
déclarait que la menace de sanctions était «
prématurée ». Étant donné les
risques politiques qu’a pris Obama en annulant le programme de
bouclier
anti-missiles - une mesure largement condamnée par les
Républicains à
Washington - le refus rapide de Moscou de coopérer avec les
Etats-Unis sur le
dossier nucléaire iranien ne peut être
interprété que comme un signe
supplémentaire du déclin de l’influence
américaine.
4. On peut tirer exactement la même conclusion après la
réunion de haut niveau
qui s’est tenue à Pékin le 15 octobre entre le
Premier ministre chinois Wen
Jiabao et le premier vice-président iranien, Mohammad Reza
Rahimi. « Les
relations sino-iraniennes ont connu un développement rapide,
depuis que les
dirigeants des deux pays ont de fréquents échanges et que
la coopération dans
le commerce et l’énergie s’est élargie et
approfondie », a déclaré M. Wen, au
Palais du Peuple. Intervenant à un moment où les
États-Unis sont engagés dans
une campagne diplomatique vigoureuse pour persuader la Chine et la
Russie,
entre autres, de réduire leurs liens commerciaux avec
l’Iran, en prélude au
renforcement des sanctions, cette déclaration chinoise ne peut
être considérée
que comme une nette rebuffade en direction de Washington.
5. Les tentatives de Washington pour obtenir un soutien international
à
l’effort de guerre allié en Afghanistan ont
également rencontré des réponses
étonnamment décevantes. Pour preuve, la manifestation de
soutien réticent à
l’effort de guerre américain du Premier ministre
britannique Gordon Brown
lorsqu’il a annoncé le 14 octobre que la Grande-Bretagne
enverrait davantage de
troupes pour renforcer le contingent britannique dans ce pays - mais
seulement
500 de plus, et seulement si d’autres nations européennes
augmentaient leur
participation militaire, chose qu’il sait sans doute hautement
improbable.
Jusqu’à aujourd’hui, ce minuscule contingent
provisoire représente le total des
troupes supplémentaires que l’administration Obama a
été en mesure d’obtenir de
ses alliés européens, et ce en dépit d’une
campagne diplomatique soutenue pour
le renforcement de la force combinée de l’OTAN en
Afghanistan. En d’autres
termes, même l’allié le plus fidèle et docile
des USA en Europe ne semble plus
disposé à supporter le poids de ce qui est largement
perçu comme une couteuse
et épuisante aventure militaire américaine dans le Grand
Moyen-Orient.
6. Enfin, en un geste dont la portée symbolique est frappante,
le Comité International
Olympique (CIO) a choisi d’ignorer Chicago (de même que
Madrid et Tokyo) et
désigné Rio de Janeiro pour la tenue des Jeux Olympiques
d’été de 2016. C’est
la première fois qu’une nation sud-américaine se
voit décerné cet honneur.
Avant le vote, Chicago était considérée comme un
candidat sérieux, surtout
depuis que Barack Obama, qui y a habité, s’était
personnellement déplacé à
Copenhague pour faire pression sur le CIO. Néanmoins, à
la surprise générale,
Chicago a non seulement perdu, mais a été
éliminée dès le premier tour de
scrutin.
« Le Brésil est passé d’un pays de
deuxième classe à un pays de première
classe, et aujourd’hui, nous commençons à
être considéré avec le respect que
nous méritons », a déclaré le
président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva,
lors d’une célébration de la victoire à
Copenhague après le vote. Durant ce
processus de décision des Olympiades les États-Unis se
sont vus sans ménagement
et ostensiblement rétrogradés du rang de seule
superpuissance à celui de
compétiteur malchanceux, et ce moment symbolisait
l’entrée de la planète dans
une nouvelle ère.
Devenir un pays ordinaire
Ce ne sont que quelques exemples de développements
récents qui me laissent
penser que les jours de l’hégémonie
américaine sont déjà arrivés à leur
terme,
des années plus tôt que les services de renseignement
américain ne l’avaient
prévu. Il est de plus en plus clair que d’autres
puissances - même parmi nos
plus proches alliés - poursuivent une politique
étrangère de plus en plus
indépendante, quelles que soient les pressions que Washington
tente d’exercer.
Bien sûr, rien de tout cela n’implique que les
États-Unis ne pourront pas
conserver pendant un certain temps encore la plus puissante
économie au monde
et, en termes de capacité de destruction, la plus puissante
force militaire.
Néanmoins, il ne fait aucun doute que l’environnement
stratégique dans lequel
les dirigeants américains doivent prendre des décisions
critiques, lorsque les
intérêts nationaux vitaux sont en jeu, a changé de
façon spectaculaire depuis
le début de la crise économique mondiale.
Plus significatif encore, le président Obama et ses principaux
conseillers
commencent à contrecœur à remodeler la politique
étrangère américaine en ayant
à l’esprit cette nouvelle réalité mondiale.
Cela paraît évident, par exemple,
dans la décision de l’administration de réexaminer
la stratégie américaine en
l’Afghanistan.
C’est seulement en mars que le président a adopté
une nouvelle stratégie de
contre-insurrection en Afghanistan, consistant en un renforcement de la
présence américaine sur le terrain, accompagné
d’un engagement de longue durée
pour gagner les cœurs et les esprits dans les villages où
les talibans ont
réapparu. C’est sur cette base qu’il a limogé
le commandant en chef en Afghanistan,
le général David D. McKiernan, pour le remplacer par le
général Stanley A. Mc
Chrystal, considéré comme un partisan plus résolu
de la contre-insurrection.
Toutefois, lorsque Mc Chrystal a présenté à Obama
la facture de cette stratégie
- 40 000 à 80 000 soldats supplémentaires (en plus des
20.000 et quelques
renforts récemment déployés) - nombreux sont ceux
qui ont pâli dans la garde
rapprochée du Président.
Un tel déploiement coûtera non seulement des centaines de
milliards de dollars
au Trésor, ce qu’il peut difficilement se permettre, mais
la pression exercée
sur l’armée et le Corps des Marines peut devenir
presqu’insupportable après ces
nombreuses années de déploiements multiples et
répétés et de stress en Irak. Ce
prix serait plus tolérable, bien sûr, si les alliés
de l’Amérique acceptaient
de prendre une plus grande part de cette charge, mais ils sont de moins
en
moins disposés à le faire.
Les dirigeants de la Russie et la Chine ne sont sans doute pas
entièrement
mécontent de voir les États-Unis épuiser leurs
ressources financières et
militaires en Afghanistan. Dans ces circonstances, il n’est
guère surprenant
que le Vice Président Joe Biden, entre autres, préconise
un nouveau tournant
dans la politique américaine, avec une stratégie moins
coûteuse de
contre-terrorisme - plutôt que de contre-insurrection - qui
viserait pour
partie à démanteler Al-Qaïda au Pakistan - à
l’aide de drones et des forces
spéciales - au lieu de mobiliser de nombreuses troupes
américaines (tout en
laissant le niveau des forces en Afghanistan relativement
inchangé).
Il est trop tôt pour prédire sur quoi va déboucher
cette réévaluation par le
président de la stratégie américaine en
Afghanistan, mais le fait qu’il n’ait
pas accepté immédiatement le plan Mc Chrystal et ait
laissé libre cours à Joe
Biden pour défendre sa position suggère qu’il
puisse finir par comprendre ce
qu’il y aurait de déraisonnable à accroitre les
engagements militaires
américains à l’étranger au moment où
la prééminence mondiale des USA est sur le
déclin.
On perçoit cette prudence d’Obama dans autres
décisions prises récemment. Bien
qu’il continue d’affirmer que l’acquisition
d’armes nucléaires par l’Iran est
inadmissible et que l’utilisation de la force pour l’en
empêcher reste une
option, il a clairement fait en sorte de réduire au minimum la
probabilité que
cette option - qui pourrait également être compromise par
des « alliés »
récalcitrants - soit jamais utilisée.
Par ailleurs, il a donné une nouvelle impulsion à la
diplomatie américaine, en
cherchant l’amélioration des liens avec Moscou et en
permettant que soient
repris les contacts diplomatiques avec des Etats
précédemment considérés comme
parias, tels la Birmanie, le Soudan et la Syrie. Cela reflète
également la
réalité de notre monde en évolution : la posture
du « je vaux mieux que toi »
et de l’intimidation adoptée par l’administration
Bush envers ces pays et
d’autres durant près de huit ans n’a que rarement
permis d’obtenir quoique ce
soit. On peut se représenter cela comme
la reconnaissance implicite que les États-Unis sont descendus de
leur statut de
« superpuissance unique » de la planète à
celui de pays ordinaire. C’est
après tout ce que font les pays ordinaires : ils engagent des
pourparlers
diplomatiques avec les autres pays, qu’ils aiment ou non leurs
gouvernements
actuels.
Bienvenue donc, dans le monde de 2025. Il ne ressemble plus à
celui de notre
passé récent, lorsque les États-Unis
dépassaient de la tête et des épaules
toutes les autres nations, et ne convient qu’assez mal aux
fantasmes de
puissance mondiale nés à Washington depuis
l’effondrement de l’Union soviétique
en 1991. Mais c’est la réalité.
Pour beaucoup d’Américains, la perte de cette
prééminence pourrait provoquer de
l’inconfort, voire du désespoir. Mais d’un autre
côté, il convient de reconnaître les
avantages qu’il y a à être un pays
ordinaire, comme n’importe quelle autre nation : personne ne
s’attend à ce
que le Canada, la France ou l’Italie envoient 40 000 soldats
supplémentaires en
Afghanistan, en plus des 68 000 qui y sont déjà et des
120 000 hommes en Irak.
Personne non plus ne s’attend à ce que ces pays consacrent
925 milliards de
dollars sur l’argent des contribuables à cette fin - ce
que coûtent ces deux
guerres, selon le National Priorities Project.
Une question demeure : Combien de temps encore persistera à
Washington le
sentiment que les Américains peuvent se permettre de financer
leur rôle
mondial, avec le maintien de bases militaires sur une bonne partie de
la
planète et la poursuite de guerres lointaines au nom de la
sécurité mondiale,
alors que l’économie américaine perd autant de
terrain face à ses concurrents ?
Tel est le dilemme auquel le président Obama et ses conseillers
doivent se
confronter dans ce monde transformé de l’année 2025.
Publication originale TomDispatch,
Traduction Contre Info
Source : Contre Info · info
Samedi 31 octobre 2009 Comité Valmy http://www.comite-valmy.org/spip.php?auteur3