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6.07.2011 |
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L’État
grec, après avoir essuyé la dette privée des
banquiers; après avoir
subventionné les armateurs endettés; après avoir
épongé le déficit de
l’industrie touristique; après avoir
dilapidé 160 milliards de dollars pour acheter de
l’armement se trouva fort
dépourvu lorsque la crise monétaire fut venue (1). Plus
de revenus pour fournir
les services convenus (pourtant moins de 4 % du budget grec est
consacré à
l’éducation) et d’immenses besoins
financiers pour rembourser ces dettes privées soudainement
étatisées. Qu’à
cela ne tienne, le peuple grec fut inculpé de duplicité,
accusé de frauder le
fisc et soupçonné de se traîner les pieds pour
renflouer les riches affamés. Le premier ministre
« socialiste » Papandréou se prosterna au
guichet de l’assistance
internationale afin d’obtenir un prêt de la nouvelle pythie
du FMI. Après
remontrances, celle-ci s’exécuta non sans exiger –
les dettes privées étant maintenant
socialisées – que les actifs étatiques
soient dorénavant privatisés. Le cerbère promit de
sévir et de matraquer
sans pitié tous ceux qui refuseraient de rembourser de leurs
deniers cette
dette collectivisée. La guerre de classe venait de
s’envenimer. Ici à Athènes – Place
Syntagma – l’avenir
du monde capitaliste est remis en cause. Le travail et le capital
s’affrontent
sans fard, sans utopie « démocratique »
bourgeoise, directement, face
à face, et l’un des deux devra peut-être
disparaître pour que l’autre survive. La révolte populaire pourrait
tourner à la
révolution, non pas parce que quelques
« bobos » sont venus crier
leur émoi et leur effroi devant le soulèvement
acharné des classes opprimées
face aux banquiers indifférents au sort fait aux
petits-bourgeois chagrinés de
perdre leurs privilèges momentanés – ces
« bobos » irrésolus à
sacrifier leurs biens pour sauver la société
« démocratique » qu’ils
ont tant aimée et qui les a reniés. La grande bourgeoise
a autre chose à faire
que de sauver ces sous-fifres dociles. C’est aux petits-bourgeois
de marquer leur
allégeance et de manifester leur foi indéfectible dans ce
système
« démocratique bourgeois » qui leur a tant
donné et qui aujourd’hui
menace de tout reprendre. Alors les « bobos »
font leur
travail et crient au rétablissement de leurs privilèges
usurpés. Il y a
quelques années l’Argentine a vécu ce calvaire et
aujourd’hui encore elle peine
à rétablir les privilèges des
« bobos », des aristocrates syndicaux
et de toute cette coterie de collaborateurs chargés de
protéger le système capitaliste
de la colère populaire. Tous ceux-là, la grande
bourgeoise les récompensera
s’ils parviennent à apaiser la grogne de la rue. Le
pourront-ils, le
sauront-ils ? Ils s’y emploient pourtant, déclenchant une
grève de ci de là (la
moins longue possible), mais la conscience de classe est ici trop
aiguisée pour
que les « bobos » puissent se déliter en
toute tranquillité. Les
jeunes et les travailleurs sont enragés; ils s’attaquent
aux temples de la renommée
et s’en prennent au cénacle de la propriété
privée (2). Les ouvriers, les jeunes, les travailleurs
salariés, même ceux qui ont été dupés
par des bureaucrates syndicaux vendus, se
laissent de moins en moins berner par les discours pour
réconcilier. Tous
comprennent que la grande échauffourée,
l’ultime bataille, est engagée, non pas à Benghazi
ni à Tripoli, non pas au
Caire ni à Tunis, mais ici, à Athènes, où
le prolétariat grec fait face seul,
mains nues, à toute la réaction mondiale
impérialiste, non pas pour obtenir le droit ridicule de
« voter » pour le polichinelle qui liquidera
leurs revendications de
classe, mais pour s’emparer des rênes du pouvoir
d’État afin de construire
un autre monde, radicalement différent du
précédent. Nous sommes ici au cœur de
l’affrontement entre le monde du travail et le monde du capital,
l’ultime contradiction, sans fard, sans retenue,
sans faux-fuyant, la confrontation suprême entre deux univers
irréconciliables,
irréductibles, antagonistes, une révolution pour la vie
ou pour la mort du
peuple grec. C’est
ici à Athènes que cette nouvelle altercation historique
commence par une
bataille sur le front économique. Sauront-ils
en faire une lutte politique révolutionnaire pour la
conquête du pouvoir
d’État ? Qui représente ici le
futur ? Le capital décadent et ses sbires élus
« pseudo démocratiquement »
ou le travail et ses représentants populaires, issus de ses
rangs, et prêts à
mourir pour le futur, pour la classe ouvrière et pour le peuple
grec ? Le roi est nu, il s’expose ici
à Athènes, en
plein cœur de la patrie de l’esclavagisme libertaire et de
la démocratie
aristocratique; il dévoile son vilain visage d’exploiteur
et de spoliateur
esclavagiste. Il n’est pas étonnant que
l’histoire ait décidé que la révolte
populaire de masse – en Occident –
débuterait ici au Pirée, la patrie des penseurs
esclavagistes du siècle des
lumières aristocratiques. Comme la petite bourgeoise leur
tiendra rigueur à ces
jeunes de ne s’inspirer ni de Socrate, ni d’Aristote, ni de
Sophocle, ni de Démosthène,
ni de leurs Dieux vengeurs ! Le monde a fait de grand progrès
depuis
cette époque révolue. Aujourd’hui une nouvelle
classe révolutionnaire se dresse
face à l’histoire pour réclamer son dû, le
pouvoir d’État, le renversement de
l’ancienne classe bourgeoise
dégénérée qui doit maintenant faire place
au
nouveau Jupiter populaire. L’oracle aura dit vrai,
l’histoire de l’humanité
progresse, camarades Grecs « Voici la rose,
dansez ». Dansez pour que,
juchés sur les barricades de la liberté et de la
dignité, nous puissions
admirer votre ballet révolté. Quand viendra notre tour, saurons-nous chausser vos grands
souliers ? _______________________________________ (1) De 2005 à 2008, la
Grèce a doublé la valeur de ses emprunts pour payer
des armes dont elle n’avait pas besoin. sans-precedent-aganaktismeni?utm_source=infolettre-2011-07-02&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne
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