L’agression
militaire
Le soleil
s’était levé tôt ce matin
là. Vers 11
h 30 il
frappait dru dans un ciel sans nuage au-dessus de Gaza
l’indomptable. Ce samedi
27 décembre 2008 une « panzer
division »
blindée se mit en marche
suivit par une division d’infanterie, une
escadrille
d’avions de chasse
F-16 rugit dans le ciel et des détachements
d’hélicoptères de combat Apache
frappaient l’air de leurs palmes effrayantes, des escadrons
aéroportés des Forces de
« défense »
d’Israël (FDI) se
lancèrent elles aussi, courageusement,
à l’assaut des misérables faubourgs de
Gaza.
(1)
Un million et demi de
civils
terrorisés, entassés sur 305
kilomètres carrés de sable et de terre
amère, la
plus forte densité humaine sur
terre (3 900 h./km2),
subiront pendant vingt trois jours un
déluge de fer et de feu comprenant des munitions
à
l’uranium appauvri, des
bombes incendiaires au phosphore blanc, des bombes
à
fragmentation
(sous-munition), des bombes conventionnelles à fort tonnage,
autant d’armes de
destruction massive prohibées en zone urbaine par les
conventions
internationales.
Quelques patriotes
palestiniens,
dirigés par le Hamas et
d’autres organisations de la résistance, tenteront
avec de
vieux fusils et
quelques lance-roquettes artisanaux de riposter à ces crimes
de
guerre et de
contenir l’assaut meurtrier. Pendant ces vingt trois jours de
crimes de guerre,
commis au su et au vu de la « communauté
internationale », Israël
assassina 1434 enfants, femmes, vieillards et hommes Palestiniens et en
estropia
ou blessa des milliers d’autres. (2)
La plupart des écoles, des édifices municipaux,
plusieurs
hôpitaux, des
canalisations d’eau et d’autres infrastructures
urbaines
furent gravement
endommagés. Mais surtout, et cela a
été
très peu relaté dans les médias
occidentaux, la plupart des arbres fruitiers et de nombreux oliviers
furent
coupés ou déracinés, le
bétail fut abattu,
y compris les abeilles, (3)
et des millions de poulets (4)
devenus soudainement agents
terroristes, les champs furent saccagés par les
tanks Merkavas venus là exprès car aucun
blindé
palestinien ne les menaçait, et
enfin, des centaines d’agriculteurs furent sciemment
assassinés dont tous les
membres (33 personnes) de la famille Samouni
exécutées
devant leurs voisins
effarés dans la petite ville de Zietoune. (5)
La proposition qu’avait faite Dov Weisglass, conseiller du
Premier ministre
israélien, au lendemain de la victoire du Hamas (2006),
avait donc fait
son chemin. Il avait déclaré devant le Conseil
des
ministres israélien hilarant
« Que l’idée est de mettre les
Palestiniens
à la diète, mais de ne pas les
faire mourir de faim. ».
Chaque jour de
l’attaque
l’État major hébreu tenait un point de
presse afin
d’indiquer aux journalistes occidentaux, témoins
éloignés du massacre, ce
qu’ils devaient écrire à propos du
droit de
défense d’Israël face à un
million
et demi de civils enfermés dans le bagne de Gaza. Chaque
jour la
plupart des
journalistes occidentaux répétaient
consciencieusement ce
qu’ils avaient
entendu au point de presse des FDI et s’en retournaient
à
leur hôtel
confortable de Jérusalem attendre le prochain point de
presse
« d’information
objective » de l’État-major
israélien.
Pourquoi attaquer Gaza ?
Pourquoi les
Forces de « défense »
d’Israël
(FDI) ont-elles attaqué, envahi et
saccagé la bande de Gaza en décembre 2008 ?
L’État-major israélien a
déclaré
que les FDI en agressant Gaza visaient trois objectifs : 1)
faire
cesser
les tirs de roquettes artisanales sur le ville de Sderot au nord
d’Israël; 2)
libérer le caporal Shalit, prisonnier de guerre du Hamas
depuis
deux ans; 3) déloger
le Hamas du pouvoir à Gaza et rétablir
l’Autorité palestinienne sous le
contrôle du Fatah palestinien. Ce programme militaire fera
dire
à Gideon Levy
que l’assaut contre Gaza fut un échec complet
puisque
aucun de ces objectifs ne
fut atteint.
L’État-major
de
l’armée israélienne est
passé maître
dans
le domaine de la désinformation. Aucune des motifs
invoqués par les autorités
israéliennes ne tient la route. Les tirs sporadiques
–
symboliques – de
roquettes artisanales sur le village de Sderot ont provoqué
6
morts en dix ans.
Ils constituent un excellent argument de propagande pour
Israël
qui cherche
ainsi à se présenter en victime des soi-disant
terroristes du Jihad Islamique
et du Hamas. Les politiciens israéliens ont besoin de ces
tirs
sporadiques de
roquettes inefficaces pour se présenter à
l’électorat israélien comme ceux qui
feront cesser ces tirs et qui assureront la
sécurité du
bon peuple israélien
colonisateur. Les FDI n’ont pas
libéré le
caporal Shalit alors que par de
simples négociations elles pouvaient très bien le
faire
comme le Hamas l’a
toujours proposé. Inutile d’aller
détruire les
infrastructures d’une grande
cité pour libérer un soldat prisonnier. Enfin,
reste
l’argument de l’écrasement
du Hamas à Gaza et du rétablissement du
pouvoir de
Mahmoud Abbas, le
Président échu de l’Autorité
palestinienne.
Cet argument est également un faux.
Les politiciens israéliens ont parfaitement compris que
devant les pressions du Président Obama pour accorder tout
de
suite un
bantoustan – une réserve – à
gérer
à l’Autorité palestinienne leur seule
chance
pour que cette éventualité ne survienne pas
encore
était d’une part de
redémarrer la colonisation en Cisjordanie et
d’autre part
de laisser le Hamas
au pouvoir à Gaza. La division entre l’OLP-Fatah
(27 % du
vote populaire en
2006) et le Hamas (65 % du vote populaire en 2006) les assure contre
tout
accord de paix qui les obligerait à concéder tout
de
suite un bantoustan – une
réserve – aux Palestiniens, à faire
cesser la
colonisation en Cisjordanie ainsi
que le grignotage des terres palestiniennes.
La bataille pour Gaza se
poursuit
Quels
étaient donc les
véritables objectifs de l’agression
armée – et des crimes de guerre – contre
Gaza en
décembre 2008 ? Par cet assaut
l’État-major israélien poursuivait
trois
objectifs : 1) D’une part,
terroriser la population de Gaza mais aussi celle de Cisjordanie, lui
indiquer
ce qu’il en coûte de résister. 2)
D’autre
part, consolider le blocus de Gaza et
s’assurer que la population gazaouï soit bien
à la
« diète », presque
affamée, comme le proposait le conseiller Weisglass. En
effet,
depuis plus de
deux ans que la population gazaoui vivait sous blocus
illégal et
illégitime
avec moins du cinquième des approvisionnements
nécessaires qui perçait le
blocus au dire de l’UNRWA – ONU, elle ne semblait
pas
faiblir ni faillir. La
famine ne menaçait pas le million et demi
d’habitants de
Gaza parce que la
bande de Gaza comprend des terres fertiles et des exploitations
agricoles, des
oliveraies et des arbres fruitiers, des élevages
d’animaux
et elle produit
ses propres ressources alimentaires. L’invasion visait
à
exterminer les
agriculteurs qui nourrissent Gaza et à détruire
les
terres et les exploitations
agricoles, ce qui fut fait. 3) Enfin, l’attaque visait
à
préparer les
« négociations de
paix » et à
assurer la réélection du Fatah en
Cisjordanie sans ébranler le pouvoir du Hamas à
Gaza.
Quand ces trois objectifs
furent atteints le 18 janvier 2009, l’armée
israélienne cessa le carnage et
décréta un cessez-le-feu unilatéral.
Après
la main de fer de
la répression l’État-major
hébreu
ne doutait pas que les Palestiniens apprécieraient le gant
de
velours des
« négociations de
paix » et qu’ils
seraient bien disposés pour de
nouvelles concessions. Car pour Israël il convenait de
redonner du
souffle et
de la crédibilité à une
Autorité
palestinienne plus préoccupée de sa propre
survie que de la satisfaction des droits historiques du Peuple
palestinien.
Désormais démunie de toute stratégie
de lutte et
totalement impuissante sur le
terrain de la résistance à l’occupation
et de la
colonisation, incapable
d’aider la population à affronter les
difficultés
de la vie quotidienne,
l’Autorité n’existe plus que par la
« négociation » et le
soutien
diplomatique et financier de la
« communauté
internationale » (6),
qu’elle paye de ses concessions croissantes. (7)
« Depuis
le
début, on peut
identifier deux conceptions sous-jacentes au processus d’Oslo
(au
processus de
paix NDLR). La première est que ce processus peut
réduire
le coût de
l’occupation grâce à un
régime palestinien
fantoche, avec Arafat (ou Mahmoud
Abbas NDLR) dans le rôle du policier en chef responsable de
la
sécurité
d’Israël. L’autre est que le processus
doit
déboucher sur l’écroulement
d’Arafat et de l’OLP. (…)
L’OLP va
s’effondrer ou succomber à des luttes
internes. La
société palestinienne va
ainsi perdre sa direction politique et ses institutions, ce qui
constituera un
succès car il faudra du temps aux Palestiniens pour se
réorganiser. Et il
sera plus facile de justifier la pire oppression quand
l’ennemi
sera une
organisation islamiste fanatique. » (8)
Ce
que T. Reinhart ne
savait pas quand elle a écrit ces
lignes en 2002 c’est que le Peuple palestinien
s’était déjà
réorganiser. Le
Hamas fut la réponse du Peuple palestinien à la
trahison
du Conseil national
palestinien (PNC) du 5 novembre 1988 et aux accords d’Oslo.
(9)
Jusqu'à tout récemment le Hamas n’avait
pas encore
compris cette dynamique qui
pousse la classe politique au pouvoir à la
Présidence de
l’Autorité
palestinienne à s’inféoder
complètement
à l’occupant israélien et à
en
épouser
les intérêts pour assurer sa survie en tant que
segment de
classe compradore,
dominée, vivant de l’usufruit de
l’occupation et de
la colonisation, des
prébendes de l’aide internationale et de la
charité
de l’Union européenne,
l’industrie de l’ONG humanitaire est florissante en
Palestine occupée. La
direction du Hamas commence à comprendre que
l’unité des Palestiniens ne se
fera pas avec ces politiciens véreux, corrompus et
collaborateurs.
(10)
La Présidence
de Mahmoud Abbas est
échue depuis dix-huit
mois, des élections législatives seront
bientôt
requises, il n’est pas du tout
évident que le Fatah les remportera malgré le
soutien de
leurs amis sionistes.
Les négociations directes entre Netanyahu et Abbas ne
mèneront à rien. Abbas
est disposé à faire toutes les concessions
souhaitées mais la partie
israélienne en redemande toujours davantage.
L’entente qui
risque d’émerger de
ces négociations directes sera tellement catastrophique pour
la
partie
palestinienne qu’aucun leader palestinien ne pourra la
défendre devant le
Peuple palestinien. La bataille pour Gaza se poursuit donc, bataille
que le
Hamas est bien placé pour gagner.