STRATÉGIES
D'INTÉGRATION DES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DES
COMMUNICATIONS À L'ÉCOLE
Auteur : Josianne Basque [Mai 1996]
- INTRODUCTION
Trente recommandations
- Adopter une approche
systémique
- Avoir un objectif global
de restructuration éducative
- Avoir une vision à
long terme du processus de changement
- Prévoir un temps
raisonnable pour procéder à l'implantation des TIC
- Se fixer des objectifs
réalistes et les respecter
- Rechercher l'appui des
autorités scolaires
- Utiliser le leadership des
ressources humaines déjà en place
- Adopter un modèle
collaboratif de décision
- Mettre en place une
structure organisationnelle pour planifier et gérer le projet
- Rechercher des consensus
sur les orientations du projet
- Rechercher l'appui des
parents
- Rechercher et profiter de
l'aide externe
- Évaluer le
degré de visibilité souhaité du projet de
changement
- Effectuer une analyse
préliminaire du contexte
- Prévoir une suite
au projet d'intégration des TIC
- Analyser le projet
d'intégration des TIC sous plusieurs angles
- Adopter une
stratégie parallèle d'implantation
- Évaluer le
processus d'intégration des TIC dans l'école
- Diffuser une information
exacte et compréhensible sur le projet d'innovation et sur
l'innovation elle-même
- Bien planifier le mode de
communication à privilégier
- Maintenir les attentes
à un niveau réaliste
- Chercher à
maximiser l'accès aux équipements
- Vérifier la
compatibilité des équipements
- Viser d'abord l'enseignant
- Penser aux classes et non
seulement aux laboratoires
- Faire un choix judicieux
de logiciels
- Accorder des fonds
suffisants à la formation
- Mettre en place les
conditions maximales pour la formation
- Prévoir des
mécanismes de suivi à la formation
- Créer des
réseaux d'utilisateurs
RÉFÉRENCES
INTRODUCTION
Au moment de définir les
orientations du projet L'école informatisée
clés en main,
nous avons eu l'occasion de consulter quelques ouvrages sur les
stratégies d'innovation en milieu scolaire et de prendre
connaissance de recherches dans divers pays sur la mise en place
d'écoles informatisées. Le présent document
rassemble quelques
recommandations issues de ces lectures. Il vise à aider ceux qui
souhaitent introduire les technologies de l'information et des
communications (TIC) dans leur école à prendre conscience
des
facteurs qui permettent de favoriser l'implantation d'une
innovation technologique en milieu scolaire selon les chercheurs
dans le domaine.
Une réflexion sur la
stratégie à
adopter lorsqu'on souhaite intégrer les technologies de
l'information et des communications en milieu scolaire est
d'autant plus indiquée qu'il s'agit là d'une innovation
particulièrement complexe. Voilà une innovation dont
l'envergure des retombées dans une école peut être
importante,
qui peut aller à l'encontre de certaines pratiques et valeurs
bien ancrées dans le milieu, qui contient sa part d'incertitude,
dont les impacts et les rapports coûts-bénéfices ne
sont pas
toujours perceptibles à court terme et dont les produits ne sont
pas stables. Autant de facteurs reliés à la nature
même de
l'innovation qui en complique son implantation, disent les
spécialistes en diffusion d'une innovation (voir notamment Van
Den Akker, Keursten et Plomp, 1991; Rogers 1983; Fullan, 1982,
1991).
Il existe heureusement une multitude
de modèles de changement planifié qui peuvent aider les
planificateurs, comme en témoigne l'ouvrage de Savoie-Zajc
(1993). C'est donc à la lumière de ces divers
modèles et des
résultats de quelques recherches que nous avons dressé la
liste
des recommandations qui apparaît dans les pages qui suivent. Il
ne s'agit pas d'une recension exhaustive des écrits en ce
domaine, mais d'une synthèse de quelques idées
intéressantes
qui peuvent, croyons-nous, inspirer les milieux scolaires en voie
d'intégration des TIC.
Les notes sont présentées de
manière schématique et sont classifiées selon les
rubriques
suivantes:
RECOMMANDATIONS POUR
LA PLANIFICATION ET LA GESTION D'UN PLAN D'INTÉGRATION DES TIC
| 1. Adopter une approche systémique |
Selon plusieurs auteurs
tels Fullan, Miles et Taylor (1980), une vision systémique du
changement est un facteur facilitant la diffusion d'une innovation.
À ne pas confondre avec le terme systématique
(qui désigne une démarche étape par étape),
le terme systémique met l'accent sur une conception de
l'école en tant qu'ensemble de sous-systèmes
interreliés et en tant que sous-système d'un
système plus englobant (commission scolaire, communauté,
contexte socio-culturel et politique, etc.). Ces systèmes et
sous-systèmes sont interdépendants, de sorte que la
modification d'un aspect d'un sous-système peut s'avérer
difficile à faire ou peut avoir des répercussions sur les
autres systèmes. Souvent, les projets de réforme dans les
milieux scolaires ont échoué à cause d'un manque
d'attention accordée aux systèmes plus englobants tels
que la communauté environnante ou le contexte culturel (Carr,
1996). Aussi, il est de plus en plus recommandé d'envisager une
variété d'interventions interreliées et d'avoir
une approche globale coordonnée lorsqu'on souhaite introduire
une innovation dans un milieu (Carr, 1996). Pearlman (1993), par
exemple, est l'un de ceux qui croit que pour changer l'école, il
faut changer tous les éléments de la pratique scolaire et
de l'organisation simultanément (organisation scolaire,
curriculum, évaluation, technologie, environnements
d'apprentissage, etc.).
Un autre principe de l'approche
systémique est à l'effet qu'un système tend
à se perpétuer lui-même (Carr, 1996). Aussi,
lorsqu'un élément nouveau y est introduit (par exemple,
un laboratoire d'ordinateurs est installé dans une
école), le milieu tendra à rechercher le même
fonctionnement qu'avant l'arrivée de cet élément,
de manière à ne pas se modifier lui-même (les
mêmes pratiques d'enseignement utilisées sans les
ordinateurs seront appliquées). Des efforts particuliers pour
modifier divers éléments du système doivent donc
être entrepris (par exemple, en offrant notammant de la formation
à de nouvelles approches pédagogiques, dans ce cas-ci).
En outre, l'approche
systémique reconnaît la nécessité d'un
changement dans les attitudes et les mentalités des intervenants
d'un milieu. Ainsi, il ne s'agit pas de chercher à ce que les
technologies prennent un rôle plus actif dans une école
mais à ce que les personnes qui les utilisent modifient leur
perception face à celles-ci et face à leur propre
rôle dans l'école (Carr, 1996).
|
| 2. Avoir un objectif global de
restructuration éducative |
Le projet d'innovation
devrait s'inscrire dans une vision globale de restructuration
éducative. Stecher (1991) souligne que c'est une erreur de
considérer des projets tels que celui des Model Technology
Schools en Californie comme étant des projets technologiques.
Il s'agit plutôt de projets de réforme éducative
qui s'appuient notamment sur l'utilisation de la technologie. Plus
près de nous, le directeur d'une école primaire
informatisée située en banlieue de Toronto (River Oaks
Public School) affirme que le succès de son école repose
sur le fait que l'intégration de la technologie s'est faite dans
le cadre d'une opération globale de restructuration du
curriculum (voir Chomienne, Basque et Labelle, 1995). Des chercheurs
ayant mené des projets de recherche dans cette école
confirment l'importance d'une telle orientation en rapportant les
conclusions de plusieurs recherches en ce domaine: ì(…) les
avantages pédagogiques de l'ordinateur, de la vidéo et
des technologies de télécommunications dans les
écoles peuvent être accrus lorsque l'implantation
technologique est associée à d'autres initiatives de
changement éducatif î (Anderson et al, 1992, p. 1,
traduction libre).
|
| 3. Avoir une vision à long
terme du processus de changement |
Les chercheurs du
projet des Technology-Enriched Schools en Hollande
écrivent : Les décisions ont souvent des
conséquences à long terme et non prévisibles, et
ne doivent donc pas s'appuyer sur des considérations ad hoc,
mais plutôt sur une vision plus large de la manière dont
l'école devrait fonctionner dans le futur (Moonen &
Beishuzen 1992, p. 72, traduction libre).
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| 4. Prévoir un temps raisonnable
pour procéder à l'implantation des TIC |
Le temps moyen
d'implantation d'une innovation est d'au moins deux ans, selon Fullan,
Miles et Taylor (1980). Cette remarque est confirmée par Stecher
(1991) qui rapporte l'expérience des Models Technology
Schools en Californie, touchant six commissions scolaires. Les
écoles participantes avaient, au bout de deux ans, atteint tout
au plus un niveau de ìstabilité
opérationnelleî. Le rapport d'une firme américaine
de consultants en matière de technologies, l'Interactive
Educational Systems Design, mentionne aussi qu'il faut s'attendre
à un rythme d'évolution plutôt que de
révolution, et ce, sur plusieurs années (IESD, 1994).
Quant aux chercheurs du projet des Technology-Enriched Schools
en Hollande, ils soulignent qu'il faut une période d'au moins
quatre ans pour pouvoir constater des effets réels et stables
dans le milieu en changement (Moonen et Beishuizen, 1992; Beshuizen
& Moonen, 1992).
|
| 5.
Se fixer des objectifs réalistes et les respecter |
Les objectifs d'un
projet d'intégration des TIC à l'école devraient
être réalistes et désirables (Lippitt, Watson et
Westley, 1958; Checkland, 1981). Il est important de les énoncer
clairement (Fullan, 1982, 1991). Si des modifications dans les moyens
d'atteindre les buts s'avèrent nécessaires en cours de
route, il faut néanmoins s'assurer qu'elles respectent les
objectifs de départ du plan (Stecher, 1991).
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| 6. Rechercher l'appui des
autorités scolaires |
Tous les auteurs
insistent sur le rôle majeur joué par les autorités
scolaires dans un projet d'innovation mis en oeuvre dans une
école (Fullan, Miles et Taylor, 1980; Berman et McLaughlin,
1977; Checkland, 1981; Stecher, 1991; Moonen & Beishuzen, 1992;
IESD, 1994). Dans son rapport sur l'expérience des Model
Technology Schools , Stecher (1991) identifie quelques actions qui
peuvent être prises par une autorité scolaire (par
exemple, une commission scolaire) et qui favorisent ou au contraire
nuisent aux efforts d'une école en voie d'intégrer des
TIC. Parmi les facteurs qui favorisent le succès de
l'innovation, il cite: la souplesse dans les procédures d'achat
d'équipements, de logiciels et d'autres fournitures, la mise en
place de structures de support technologique, la promotion du personnel
qui participe activement à la diffusion de l'innovation, la
coordination entre les ressources vouées au projet d'innovation
et celles consacrées aux autres programmes, l'aide à
l'établissement d'un partenariat, le dégagement de
ressources additionnelles (financières, humaines, etc.). Parmi
les actions d'une commission scolaire qui peuvent nuire au projet d'une
école, Stecher (1991) et d'autres (tels Berman et McLaughlin,
1977) mentionnent les suivantes: le remplacement du personnel qui
participe activement à l'implantation de l'innovation, le
transfert du personnel-clé et un taux élevé de
rotation du personnel, la réorganisation de la structure de
gestion, l'exigence d'une paperasse excessive à remplir,
l'utilisation des ressources réservées à
l'école pour des projets plus globaux concernant la technologie,
etc.
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| 7. Utiliser le leadership des
ressources humaines déjà en place |
La présence d'un
agent de changement formellement désigné, si possible
oeuvrant déjà à l'intérieur du milieu en
changement, est un facteur favorable à l'implantation d'une
innovation (Fullan, Miles et Taylor, 1980). L'agent de changement doit
être perçu avant tout comme un facilitateur du processus
de changement et non comme un expert en technologie (Lippitt, Watson et
Westley, 1958).
En outre, les leaders informels
présents dans le milieu peuvent contribuer significativement au
succès de l'innovation s'ils sont mis à partie dans le
projet (voir notamment Fullan, 1982, 1991; Van Den Akker, Keursten
& Plomp, 1991). Un coordonnateur de l'informatique peut aussi jouer
un rôle important, en particulier s'il combine une
compétence informatique à de bonnes habiletés
interpersonnelles et de gestion (Van Den Akker, Keursten & Plomp,
1991). De même, le leadership d'un coordonnateur en applications
pédagogiques de l'ordinateur (APO) au niveau local est
mentionné comme facteur non négligeable pour le
développement des APO dans le rapport du IESD (1994). Enfin, le
rôle actif de la direction d'école dans un projet
d'intégration des TIC en milieu scolaire est jugé crucial
par plusieurs chercheurs du domaine (tels Stecher, 1991; Fullan,1991).
|
| 8. Adopter un modèle
collaboratif de décision |
Un climat de travail
confiant et serein contribue au succès d'un projet
d'intégration des TIC en milieu scolaire (Fullan, 1982, 1991).
Aussi, il est recommandé que la planification et l'implantation
d'un tel projet se fassent selon un modèle collaboratif et un
leadership partagé. Stecher (1991) suggère d'opter pour
une décentralisation des fonctions et des responsabilités
et de conserver une grande flexibilité dans la gestion du
projet. Cependant, les rôles de chacun dans la démache
d'implantation doivent être très clairs (Lippitt, Watson
et Westley, 1958). Berman et McLaughlin (1977) et Fullan (1982; 1991)
soulignent aussi l'importance de la qualité des communications
horizontales (entre les membres) et verticales (de la base aux paliers
supérieurs et vice versa) dans le milieu en voie de changement.
|
| 9. Mettre en place une structure
organisationnelle pour planifier et gérer le projet |
Certains auteurs tels
Cunningham (1982) recommandent la création de systèmes
temporaires (ad hoc) possédant des mandats précis. Des
mécanismes tant de coordination que de contrôle devraient
être mis en place (Berman et McLaughlin, 1977).
|
| 10.
Rechercher des consensus sur les orientations du projet |
La recherche de
consensus auprès de l'ensemble du groupe-école devrait
être une préoccupation constante. Les consensus peuvent
toucher différents aspects: consensus sur le besoin même
de modifier le milieu (Lippitt, Watson et Westley, 1958 ), consensus
sur les objectifs du projet de changement (Hall, 1973; Fullan, Miles et
Taylor, 1980), consensus sur le besoin d'une aide externe ou non (Hall,
1973), etc. Le besoin et la pertinence de l'innovation proposée
devraient être bien circonscrits: quelle place donne-t-on
à ce projet par rapport aux autres réalités du
milieu? Comme le souligne Stecher (1991), l'innovation souhaitée
est parfois en compétition avec d'autres programmes dans
l'école, ce qui peut nuire au succès de l'entreprise.
|
| 11.
Rechercher l'appui des parents |
Le support et
l'engagement actif des parents comptent parmi les facteurs favorisant
le succès d'un projet d'innovation en milieu scolaire (Fullan,
1982; 1991).
|
| 12. Rechercher et profiter de l'aide
externe. |
Un effort particulier devrait être mis dans
l'établissement d'un partenariat avec des firmes privées,
des équipes de recherche, des organismes publics, etc. Ce
partenariat peut être de diverses natures: équipement,
logiciels, formation, expertise, recherche, etc. Si l'école peut
se le permettre, il peut être utile d'engager des consultants
pour certains aspects du projet. Toutefois, comme le soulignent
certains auteurs (Lipp, Watson et Westley, 1958), encore faut-il que le
milieu soit vraiment disposé à accepter et à
utiliser l'aide externe. À l'inverse, le milieu peut limiter son
action à cause d'une trop grande dépendance envers l'aide
externe (Lippitt, Watson et Westley, 1958).
Si le projet se déroule en
partenariat avec des équipes de recherche, il est capital de
s'assurer d'une collaboration étroite entre les participants du
milieu et les chercheurs (Beishuizen et Moonen, 1993; Bickel et
Hattrup, 1995).
|
13.
Évaluer le degré de visibilité souhaité du
projet de changement
|
Stecher (1991) souligne
que le degré de visibilité publique d'un projet
d'innovation important se déroulant en milieu scolaire peut
avoir autant des effets positifs (par exemple, la stimulation de
l'enthousiasme des intervenants du milieu) que des effets
négatifs (par exemple, la pression car le milieu se trouve sous
continuelle observation, le dérangement provoqué par les
nombreuses visites, l'émergence de réactions
défensives, etc.). Aussi, il faut bien doser les interventions
en ce domaine.
|
14.
Effectuer une analyse préliminaire du contexte
|
Pour Fullan (1982,
1991), le planificateur d'un projet d'implantation des TIC ne doit pas
avoir des idées déjà bien arrêtées
sur les stratégies d'intervention à adopter. C'est
à partir de l'étude contextuelle d'un site particulier
qu'elles devraient être dégagées. L'analyse
préalable des besoins et des potentialités du milieu face
au changement en perspective est aussi la première étape
du modèle de diffusion d'une innovation de Hall (1973). Cette
étape devrait aider à établir un consensus quant
aux objectifs du changement et au besoin d'aide externe et permettre
d'identifier les contraintes de départ de la démarche de
changement. De même, au cours des deux premières
étapes du modèle de Checkland (1981), il s'agit, pour le
milieu, de se former une image contextuelle la plus riche possible de
l'environnement et surtout de la vision du monde des participants (et
non pas seulement ce qu'ils pensent de l'innovation spécifique).
|
| 15. Prévoir une suite au projet
d'intégration des TIC |
Dès les
années 50, les modèles de diffusion d'une innovation dans
un milieu soulignent le besoin de prévoir des structures de
support et d'institutionnalisation du changement après la phase
d'implantation (Lippitt, Watson et Westley, 1958).
|
16. Analyser le projet
d'intégration des TIC sous plusieurs angles.
|
Intégrer les TIC
à l'école exige une analyse des objectifs visés
non seulement sous l'angle technologique (équipement, logiciel,
câblage, support technique, rénovations physiques
nécessaires, etc.), mais aussi sous l'angle organisationnel
(tâches qui seront modifiées, ressources à
déplacer, développement de nouvelles procédures
administratives, etc.), sous l'angle de la formation à offrir
aux futurs usagers (type de formation, suivi de la formation, etc.),
sous l'angle de l'information à diffuser dans le milieu sur les
changements à venir et, au besoin, sous l'angle éthique
(mesures pour assurer la confidentialité de certaines
données, application d'une politique des droits d'auteurs,
etc.). Il faut prévoir des mesures et des ressources pour chacun
de ces volets.
|
| 17. Adopter une stratégie
parallèle d'implantation |
Selon l'équipe
du projet des Technology-Enriched Schools en Hollande, il est
souhaitable de commencer par une implantation “d'abord en
profondeur” (depht-first) puis de viser progressivement une
implantation “d'abord en étendue” (breadth-first)
(Beshuizen, Felix et Visch, 1991; Beishuizen et Moonen,
1993). L'approche de l'implantation d'abord en profondeur
consiste à réserver l'accès aux technologies
à un groupe sélectionné d'enseignants
intéressés (ou d'écoles, selon le cas), desquels
on peut attendre une haute probabilité d'utilisations
relativement sophistiquées. L'approche de l'implantation
d'abord en étendue se définit par un accès
égal à tous aux technologies, ce qui serait
associé à une haute probabilité d'utilisations
plus superficielles. Les auteurs prônent l'idée de
commencer par mettre beaucoup de ressources dans un nombre restreint de
départements, tout en mettant une certaine quantité de
ressources à disposition des autres, et ce, afin qu'ils ne
perdent pas intérêt au projet. La justification d'une
telle stratégie progressive (appelée aussi parallèle)
est très pragmatique, disent les auteurs: le manque de
ressources ne permet pas à la plupart des milieux de viser tout
le monde dès le départ. Cette stratégie
progressive est différente d'une approche séquentielle
où les ressources sont entièrement concentrées
dans quelques départements élus, qui servent d'exemples
aux autres, et que dans une phase ultérieure seulement, les
appareils sont mis à disposition de l'ensemble du milieu.
Beishuisen, Felix & Visch (1990) nous mettent en garde sur les
conséquences d'une telle approche: Les résultats de
nos recherche soulèvent des doutes quant à
l'efficacité d'une stratégie “d'abord en profondeur” qui
ne serait pas accompagnée de ressources substantielles pour les
autres enseignants de même que par une clarification
immédiate de l'objectif ultime des efforts d'implantation pour
viser tous les enseignants disposés à s'engager dans le
processus d'innovation. On peut même penser qu'une
approche en profondeur est en soi un facteur qui nuit à la
dissémination de l'enthousiasme et de l'inspiration des uns et
des autres dans l'ensemble de l'école (traduction libre).
À l'inverse, une approche d'implantation
entièrement en étendue, dans laquelle on ne tient
pas compte de l'intérêt des gens et du fait que certains
ne sont peut-être pas prêts à embarquer dans un tel
projet, ne serait pas non plus efficace, selon ces auteurs.
|
| 18. Évaluer le processus
d'intégration des TIC dans l'école. |
Fullan (1982, 1991)
recommande la mise en place d'un système de contrôle de la
performance dans la mise en oeuvre du projet d'intégration des
TIC (se déroule-t-il tel que prévu? faut-il
réajuster certains aspects du plan? etc.) ainsi que du
progrès dans l'atteinte des buts du projet d'innovation, et ce,
tout au long de la démarche. Plusieurs variables peuvent
être évaluées: évolution des niveaux de
préoccupation et des niveaux d'utilisation de l'innovation
(Hall, 1973; Anderson et al., 1992), temps d'utilisation,
réactions des sous-systèmes (ex: les
élèves) et des systèmes environnants (ex: divers
services à la commission scolaire ou à l'école,
les parents, etc.), nouvelles compétences
développées chez les utilisateurs, changements dans la
tâche des utilisateurs, attitudes face à la technologie et
face à la tâche, impacts organisationnels, etc.
|
RECOMMANDATIONS POUR LA DIFFUSION
DE L'INFORMATION DANS LE MILIEU EN CHANGEMENT
| 19.
Diffuser un information exacte et compréhensible sur le projet
d'innovation et sur l'innovation elle-même. |
Il est essentiel de
s''assurer que les valeurs, les orientations, les objectifs du
projet ainsi que les modalités de l'implantation des TIC soient
bien compris par les gens du milieu en voie de changement ( Fullan,
Miles et Taylor, 1980; Fullan, 1982, 1991; Van Den Akker, Keursten
& Plomp, 1991). Aussi, il ne faut pas négliger l'importance
de la difusion de l'information tout au long du projet. Pour ce faire,
on utilisera notamment un vocabulaire approprié au groupe
(compte tenu des problèmes propres aux participants, de leur
niveau de compréhension de l'innovation) et on évitera un
jargon scientifique ou technique qui ne fait qu'accroître les
résistances de certaines personnes (Rogers, 1983; Stecher, 1991).
|
| 20. Bien planifier le mode de
communication à privilégier |
Rogers (1983)
recommande un mode de communication qui s'appuie:
- sur les personnes influentes dans
les structures formelles et informelles du groupe (à noter que
Rogers a élaboré une typologie des adoptants afin de les
identifier dans un milieu);
- sur un modèle en cascades
s'appuyant d'abord sur une communication interpersonnelle avec les
personnes les plus influentes; ensuite, ces chefs de file deviennent
les diffuseurs, etc.
|
| 21. Maintenir les attentes à un
niveau réaliste |
Cette recommandation
apparaît déjà dans les modèles d'innovation
datant des années 50 (Lippitt, Watson et Westley, 1958). Dans
les projets d'implantation des TIC à l'école, les
attentes du milieu peuvent être particulièrement
élevées. Comme l'ont vécu les participants au
projet des Model Technology Schools, des délais de
toutes sortes retardent souvent l'échancier prévu:
délais de livraison des équipements ou des logiciels,
problèmes imprévisibles d'installation, délais dus
à des incompatibilités d'équipement,
rénovations nécessaires, longues formations, etc.
(Stecher, 1991). Il faut donc amener le milieu à prendre
conscience de tels délais afin de ne pas entretenir d'attentes
frustrantes et démotivantes (Stecher, 1991).
|
RECOMMANDATIONS
CONCERNANT LES ÉQUIPEMENTS ET LES LOGICIELS
| 22.
Chercher à maximiser l'accès aux équipements |
Selon Stecher (1991),
on devrait viser l'ubiquité de l'équipement dans
l'ensemble de l'école. Idéalement, la technologie devrait
être accessible dès qu'on en a besoin. On peut penser par
exemple à placer des équipements non seulement dans des
classes mais aussi à la bibliothèque, dans certains
corridors, dans des laboratoires, sur les bureaux des enseignants, etc.
|
23.
Vérifier la compatibilité des équipements
|
On devrait
vérifier la compatibilité entre les équipements
déjà présents dans les sites et les nouveaux qui
arriveront (Stecher, 1991).
|
| 24. Viser d'abord l'enseignant |
Dans le rapport de la
ISTE (Braun, 1990), il est recommandé que chaque enseignant ait
un ordinateur sur son bureau et un ordinateur à la maison, et
ceci parce que les enseignants, selon ce rapport, sont la clé du
succès de tout changement en éducation: Les
enseignants vont envisager les ordinateurs et les autres technologies
comme étant des outils efficaces dans leurs classes uniquement
lorqu'ils se sentiront eux-mêmes suffisamment à l'aise
avec ces outils et pourront eux-mêmes entrevoir ce qu'ils
pourraient faire avec ceux-ci. (Braun, 1990, p. 28, traduction
libre). Moonen (1989) estime aussi que chaque enseignant devrait
pouvoir se procurer un appareil pour la maison. La préparation
de programmes d'achats regroupés d'ordinateurs et de
périphériques peut s'avérer une solution
intéressante.
|
| 25. Penser aux classes et non
seulement aux laboratoires |
Moonen (1989), qui a
travaillé notamment au projet Technology-Enriched Schools
en Hollande, recommande de mettre au moins un appareil dans chaque
classe plutôt que de créer un deuxième laboratoire
dans une école. Il croit que chaque classe devrait être
dotée d'une unité de démonstration
multimédia (ordinateur, moniteur, écran de projection, en
plus d'un magnétoscope, d'un lecteur de vidéodisques ou
de disques optiques compacts). De plus, il suggère de relier en
réseau les ordinateurs des classes aux ordinateurs du
laboratoire.
|
| 26. Faire un choix judicieux de
logiciels |
Jusqu'à 50% des
fonds réservés aux ordinateurs devraient être
consacrés à l'acquisition de logiciels. On devrait opter
pour des logiciels qui supportent le curriculum existant mais aussi des
logiciels qui permettent de le renouveler. En outre, on devrait
privilégier des logiciels qui soient faciles d'utilisation et,
bien sûr, qui sont robustes au plan technique. On peut aussi
utiliser les grilles d'évaluation de logiciels existantes pour
faciliter les choix de logiciels.
|
RECOMMANDATIONS CONCERNANT LA
FORMATION ET LE SUPPORT AUX UTILISATEURS
| 27.
Accorder des fonds suffisants à la formation. |
Il faut réserver
une bonne partie des fonds à des activités de formation
(Berman et McLaughlin, 1977; Stecher, 1991). La formation à
l'utilisation des technologies en éducation devrait faire partie
d'un plan de développement à long terme dans la
carrière des enseignants (Stecher, 1991).
|
| 28. Mettre en place les conditions
maximales pour la formation. |
Il faut porter une
attention particulière à la manière dont la
formation est dispensée. Parmi les recommandations de Stecher
(1991) et de Van Den Akker, Keursten & Plomp (1991), on retrouve
les suivantes:
- donner la formation sur place
même;
- si possible, envisager la
possibilité de commencer certaines formations même si les
équipements ne sont pas encore arrivés (ceci afin de ne
pas être trop limité les délais de livraison de
l'équipement);
- privilégier une formation
donnée par des enseignants du milieu;
- prévoir un temps suffisant
pour l'apprentissage;
- privilégier le volontariat
plutôt qu'une participation obligatoire aux sessions de formation;
- ne pas donner des formations
uniquement sur des sujets d'ordre technique; elle doit aussi porter sur
l'intégration en pédagogie et sur la sélection et
l'évaluation de logiciels;
- lors des sessions de formation,
prévoir un équilibre entre les exposés et les
exercices;
- fournir des guides (techniques et
pédagogiques), des plans détaillés du curriculum
ainsi que du matériel que les enseignants peuvent apporter avec
eux après la formation;
- chercher à lier la
formation aux pratiques personnelles des enseignants;
- lors des formations, maximiser
l'interaction entre les participants;
- favoriser la formation de groupes
hétérogènes lors des sessions de formation (par
exemple, certains participants peuvent être un peu plus
avancés que les autres dans le domaine)
- si possible, prévoir des
libérations de charge des enseignants pour leur permettre de
réinvestir leur formation et notamment de mettre au point des
applications pédagogiques de l'ordinateur.
|
| 29. Prévoir des
mécanismes de suivi à la formation |
Par exemple, il est
possible de faire un suivi des problèmes rencontrés en
classe avec un logiciel et de diffuser des suggestions pour les
prévenir et les régler (via un bulletin local, le
courrier électronique, etc.). Si le milieu peut se le permettre,
il est très souhaitable de disposer d'une ressource pouvant
offrir du support individualisé sur place.
Par ailleurs, certains outils
méthodologiques peuvent être diffusés
régulièrement dans le milieu. Par exemple, on peut
diffuser des moyens pour aider les enseignants à structurer
leurs utilisations de la technologie (ex: documents d'aide à la
planification d'APO, scénarios de la Cemisthèque, etc.).
Cependant, il faut demeurer conscients de l'équilibre fragile
entre une trop grande structuration du processus qui peut rebuter les
utilisateurs et un manque d'encadrement (Stecher, 1991).
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| 30. Créer des réseaux
d'utilisateurs |
La coopération
à l'interne et le support mutuel devraient être
favorisés le plus possible (Fullan, Miles et Taylor, 1980; Van
Den Akker, Keursten & Plomp, 1991). Aussi, certains recommandent de
créer des réseaux d'utilisateurs au niveau de
l'école ou inter-écoles tels que des clubs, des
associations, etc. (IESD, 1994; Van Den Akker, Keursten & Plomp,
1991). Non seulement de tels réseaux offrent des
possibilités concrètes d'entraide, mais ils sont des
éléments de motivation et de valorisation non
négligeables pour les utilisateurs qui ont ainsi l'occasion de
livrer leurs propres témoignages en cours de processus
d'innovation. Ces réseaux peuvent notamment utiliser le courrier
électronique pour échanger leurs trouvailles,
problèmes, expériences, etc.
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Clés en main du Québec inc., 1997